Titre
: Noël Ensemble
Auteur : Sayana
Base : Gundam Wing
Genre : songfic (comme d’habitude, quoi ^^ ;;;)
Note de l’auteur : Il s’agit de la suite indépendante
de "Noël Interdit", mais vous n’êtes bien sûr
pas obligés d’avoir lu NI pour comprendre NE.
Commentaire : J’adore Noël, c’est une fête très
importante et très symbolique pour moi, et j’avais envie d’écrire
une nouvelle fic sur cette période qui me fait rêver. Elle n’est
malheureusement pas très originale, et elle n’apporte pas grand
chose de nouveau, mais c’est avant tout une occasion de me faire plaisir
en écrivant une histoire qui me trottait dans la tête depuis un
bon moment, un peu sur le modèle des contes de Noël que j’écoute
en décorant le sapin ^^. J’espère que vous l’apprécierez
quand même un peu !
Disclaimer : La chanson « Noël Ensemble », interprétée
par de nombreux grands artistes, est tirée de l’album éponyme,
réalisé pour la fondation « Ensemble contre le Sida »
(*pub*).
Voilà, bonne lecture et n’hésitez pas à me laisser
un petit mot !
* = cf. Noël Interdit
Noël Ensemble
Noël
Ensemble
Passer Noël ensemble
Noël Ensemble
Passer Noël ensemble
Noël Ensemble
-
Mais enfin, Monsieur Winner, soyez raisonnable ! Vous ne pouvez pas partir maintenant,
ce serait de l’inconscience pure ! Une terrible tempête de neige
est annoncée pour cette nuit, ce n’est absolument pas prudent de
voyager dans ces conditions ! Et puis, dans votre état, ce n’est
pas sérieux !
- Je vous remercie de vous inquiéter pour moi, Chris, mais je vous assure
que tout ira très bien. Ce ne sont pas quelques flocons de neige, ni
même une petite grippe, qui m’empêcheront de rejoindre mes
amis pour fêter Noël.
Tout en se
hâtant vers le hangar où l’attendait son petit avion privé,
Quatre tentait vainement de tranquilliser un peu son assistante qui le poursuivait
avec acharnement depuis dix minutes. En temps normal, il lui était gré
de s’inquiéter ainsi pour lui, sa sollicitude presque maternelle
le touchait profondément. Mais à l’instant même, il
aurait donné cher pour qu’elle le laisse en paix, tant il était
pressé de partir.
Espérant couper court à la conversation, il commença à
s’installer aux commandes de l’appareil, tandis que la jeune femme
se risquait à une ultime approche, quasiment sans espoir, elle le devinait.
- Puisque vous
tenez tellement à partir maintenant, acceptez-au moins que quelqu’un
vous emmène là-bas. Vous ne parviendrez jamais à conduire
dans un tel état de fatigue, c’est beaucoup trop dangereux …
- Vous savez, j’ai déjà piloté dans des situations
pires que celle-ci …
Le regard de
Quatre se voila brusquement et son sourire s’évanouit. Les paroles
de la jeune femme avaient étrangement réveillé en lui des
souvenirs qu’il espérait enfouis profondément : tous ces
combats passés durant lesquels il avait été si souvent
blessé, mais qu’il avait fallu continuer malgré tout, malgré
la douleur et l’épuisement ; toutes ces batailles à bord
de son Gundam, dans des conditions pratiquement désespérées
… Que représentaient après tout un peu de fièvre
et quelques courbatures, comparées à toutes ces souffrances qu’il
avait dû endurer pendant toutes ces guerres ?
Devant le visage soudain figé du petit blond, Chris se mordit la lèvre,
consciente d’avoir involontairement remué de douloureuses pensées.
Elle chercha rapidement comment rattraper sa maladresse d’une manière
ou d’une autre et commença avec un peu d’hésitation
:
- Monsieur
Winner, je suis désolée …
Cette petite
phrase timide sortit instantanément Quatre de ses réminiscences
passagères. Il considéra son interlocutrice avec un peu d’étonnement,
et constatant son air effondré, il la réconforta aussitôt
:
- Ne vous inquiétez pas, Chris, ça ira …
L’Arabe
souligna ses paroles de son plus beau sourire rassurant, mais cela n’eut
apparemment pas l’effet escompté, la jeune femme semblait plus
inquiète que jamais. Il est vrai que sa réponse était plus
qu’évasive. Concernait-elle son état physique ou mental
? Lui-même ne le savait pas.
Mais il avait décrété qu’il n’était
plus temps de s’appesantir sur ces sombres évocations. Il était
déjà très en retard pour son rendez-vous, et surtout rien
ne devait venir gâcher cette soirée qui s’annonçait
si agréable, en Sa compagnie.
Il tenta donc de se justifier une nouvelle et dernière fois :
- Ecoutez,
Chris, je suis tout à fait capable de piloter cet avion même en
étant malade, j’ai été entraîné pour
parer à ce genre de situation délicate. Et puis, vous me connaissez
suffisamment maintenant, vous savez que vous pouvez avoir confiance en moi,
je ne vous mentirais jamais sur mon état de santé et sur mes capacités
véritables …
L’intéressée
ne sembla guère convaincue par ces paroles. Il est vrai que le teint
pâle et les traits tirés du jeune homme ne plaidaient pas en sa
faveur.
Celui-ci décida alors de changer de stratégie :
- Et puis,
je ne peux pas me permettre de déranger quelqu’un en cette nuit
de réveillon. Ne croyez-vous pas qu’un pilote d’avion a le
droit lui aussi de passer Noël en famille ? Je ne peux pas exiger que quelqu’un
m’accompagne ce soir, ce ne serait pas juste pour lui. Je sais depuis
peu ce que peux représenter une telle fête pour certaines personnes,
et je n’ai pas le droit de priver quelqu’un de ce bonheur …
Quatre sentit
son cœur se serrer. Cette phrase l’avait de nouveau replongé
dans ses souvenirs, et il ne se rappelait que trop bien la déception
de Duo devant le refus de ses amis de passer Noël avec lui. Il les avait
bouleversés en leur révélant la dimension qu’il accordait
à cette fête, la signification qu’elle représentait
pour lui.
¤
Flash-back ¤ *
«
Depuis que je suis tout petit, Noël revêt une grande importance pour
moi. Cette fête a toujours représenté à mes yeux
l’espoir et la paix. Mais jusqu’à présent, j’ai
toujours été tout seul à cette époque, à
cause de la famine, de la maladie ou tout simplement de la guerre. Mais cette
année, cette année enfin, j’ai cru que je pourrais …
Pour la première fois de ma vie, j’ai des amis avec qui j’ai
envie de partager un peu de joie et d’espérance en cette période
de fête… Je voulais … Je voulais juste … vivre ce moment
… avec vous … »
¤
Fin du flash-back ¤
Non, il n’avait définitivement pas le droit d’infliger cette
peine à qui que ce soit
- Vous aussi,
Chris, vous devriez rentrer chez vous rejoindre votre mari, il doit sûrement
vous attendre depuis un petit moment. Je vous promets de vous téléphoner
dès que je serai arrivé, si cela peut vous rassurer …
La jeune femme fit une moue dubitative, mais elle n’ajouta rien. Elle
connaissait Quatre depuis suffisamment de temps maintenant pour savoir qu’il
avait pris une décision irrévocable, et qu’elle ne parviendrait
pas à le faire changer d’avis. Son insistance n’aboutirait
qu’à renforcer son entêtement, ainsi qu’elle qualifiait
parfois le comportement du jeune homme.
Elle poussa un profond soupir, s’avouant vaincue avec regrets, mais elle
ne put s’empêcher d’ajouter quand même :
- Promettez-moi d’être
prudent …
Quatre acquiesça,
ému malgré tout par l’inquiétude immense qu’il
lisait dans le regard de celle qu’il considérait comme une amie
sincère. Il s’en voulait un peu de la tracasser à ce point,
il se sentait coupable malgré lui.
Cependant, il se rappela aussitôt pourquoi il agissait ainsi, et un large
sourire illumina son visage.
Dans quelques heures à peine, il allait enfin revoir tous ses amis. Et
surtout Lui.
Cette simple idée le fit se hâter dans ses préparatifs de
vol.
Pourtant, malgré l’habitude, ses gestes étaient lents, mal
assurés. Une maladresse due sans doute à sa forte fièvre,
reconnut-il intérieurement. Il fit cependant le maximum pour que Chris
ne remarque pas ses difficultés, sous peine de l’inquiéter
davantage.
Une fois toutes les vérifications d’usage effectuées, il
salua la jeune femme d’un petit signe de la main et démarra l’appareil,
qui décolla enfin dans un ronronnement rassurant.
Oublier
les frontières
Dépasser nos querelles
Ce soir nous rassemble
Refuser d’être seul
Revenir à l’enfance
Le
cirque avait choisi d’établir son campement dans une grande clairière,
un peu après la sortie de la ville. L’endroit était spacieux,
clair et convivial, bordé de nombreux arbres magnifiques. Pratiquement
au centre du lieu se trouvait un sapin immense qui avait été décoré
pour l’occasion, et près duquel se dressait le grand chapiteau,
plus immense et imposant que jamais.
La troupe entière s’était réunie pour garnir cet
arbre majestueux. La base de son tronc était recouverte de tentures vertes
et rouges, brodées de petites étoiles argentées et de flocons
de neige. Des centaines de boules resplendissantes avaient été
accrochées sur chaque branche, accompagnées de cloches et de clochettes
qui tintinnabulaient joyeusement au moindre souffle de vent, et entremêlées
de dizaines de guirlandes lumineuses de toutes les couleurs et de toutes les
formes, qui scintillaient gaiement, illuminant les alentours d’une lumière
féerique. Chacun avait tenu à apporter sa touche personnelle à
la décoration du résineux, qui un ange doré ou un petit
lutin farceur, qui un Père-Noël joyeux ou un bonhomme de neige rieur,
qui des nœuds multicolores ou des bougies étincelantes, qui encore
des petits cadeaux mystérieux ou des bonbons et des sucres d’orge
attrayants qui faisaient la joie des enfants. Tout en haut de l’arbre,
sur la plus haute branche, avait été placée une étoile
d’or gigantesque, qui brillait de mille feux, reflétant la multitude
de petites ampoules multicolores. Le sapin était si grand qu’on
la distinguait à des lieux à la ronde et elle guidait les visiteurs
jusqu’au pied du chapiteau.
Ensuite, pour créer une ambiance plus magique encore, tous s’étaient
amusés à blanchir chaque arbre bordant la clairière et
à les décorer eux aussi de guirlandes lumineuses, qui formaient
tout autour du camp une ceinture éblouissante.
Les roulottes des membres s’étaient elles-aussi parées de
leurs habits de fête : stalactites de coton tombant des toits des maisons
roulantes, guirlandes chatoyantes accrochées aux façades, petits
décors électrostatiques fleurissant aux vitres et côtoyant
des étoiles filantes ou des bonhommes de neige souriants, photophores
allumés posés sur les rebords des fenêtres, nœuds or
et argent disséminés un peu partout sur les volets, houx, gui,
chaussettes et couronnes de Noël suspendues sur chaque porte d’entrée
pour souhaiter la bienvenue aux nombreux visiteurs … Chaque caravane semblait
s’être ainsi transformée magiquement en petits chalets festifs
et accueillants.
Le chapiteau avait été garni de tentures rouges et vertes, retenues
par des centaines de nœuds et de liens de soie ou de velours. Un faux Père-Noël
avait été suspendu à la toiture du chapiteau et semblait
l’escalader agilement, comme s’il avait choisi de pénétrer
par le faîte du toit pour distribuer les cadeaux qui débordaient
de sa hotte, et répandre ainsi la joie et la gaieté tout autour
de lui.
Les cages et les enclos des animaux eux-mêmes n’avaient pas été
oubliés et se trouvaient ornés de multiples guirlandes flamboyantes
et de rubans soyeux.
Chacun avait également revêtu un costume superbe pour l’occasion.
L’on pouvait croiser au détour d’un chemin ou d’une
baraque nombre de petits lutins facétieux coiffés de chapeaux
pointus et colorés, accompagnés de bonhommes de neige portant
écharpes et balais, ou encore d’anges divins entièrement
vêtus de tenues immaculées.
Une agitation intense régnait dans tout le camp, paraissant s’amplifier
au fur et à mesure que le temps passait. Partout, dans chaque recoin,
flottait une atmosphère spéciale, presque surnaturelle. Des chants
traditionnels, retransmis par des haut-parleurs habilement cachés, semblaient
monter directement vers le ciel.
Il était près de 22h00 et les spectateurs commençaient
à affluer en grand nombre, couples d’amoureux paraissant seuls
au monde, enfants fascinés qui ouvraient de grands yeux émerveillés
et couraient partout pour ne pas manquer une seule miette du spectacle magnifique
autour d’eux, parents quasiment aussi éblouis que leurs petits,
retrouvant pour quelques instants leur âme d’enfant devant ce décor
magique et enchanteur.
Il faut dire que toute la troupe avait fait de son mieux pour rendre cette soirée
inoubliable. Le cirque avait été choisi parmi des dizaines de
troupes pour donner une représentation exceptionnelle en ce 24 décembre,
et tenait à faire la meilleure impression possible en remerciement de
ce qu’elle considérait comme un honneur. Outre les décorations,
l’ensemble du groupe avait préparé un spectacle qui promettait
d’être unique. Tous avaient passé des jours et des jours
entiers à préparer tout cela, à mettre au point des numéros
inédits et extraordinaires.
Au milieu de toute cette agitation, pourtant, un jeune homme, tout seul, le
front appuyé contre la vitre d’une roulotte, semblait ne pas partager
l’excitation ambiante, perdu dans de profondes pensées.
Et
pouvoir rêver
D’un sapin qui touche le ciel
De former une guirlande
Et quand tout n’est qu’étincelle
Qu’une étoile nous attende
Quatre
devait bien reconnaître que Chris avait raison lorsqu’elle évoquait
une terrible tempête de neige. Les conditions de vol s’avéraient
de plus en plus délicates au fur et à mesure que le temps passait.
La neige tombait de plus en plus drue tout autour de lui, et de violentes bourrasques
de vent déstabilisaient régulièrement le frêle avion.
Pour ne rien arranger, Quatre lui-même se sentait de plus en plus las,
ses yeux le brûlaient et il était parcouru de frissons, provoqués
par le froid ambiant et la fièvre qui commençait à le faire
trembler.
Finalement, il aurait peut-être dû écouter Chris quand elle
lui demandait de différer son départ, mais il était maintenant
trop tard.
Alors pour se donner un peu de courage, Quatre jeta un petit coup d’œil
à l’objet posé sur le siège à côté
de lui. Il s’agissait d’un petit nounours blanc en peluche, vêtu
d’une petite écharpe et d’un joli pull-over rouge sur lequel
était brodée une lettre argentée.
Son initiale.
Quatre était parti à la recherche de cadeaux de Noël pour
certains de ses nombreux neveux lorsque au détour d’un magasin,
il avait totalement craqué pour la bouille souriante et adorable de cet
animal, et il s’était empressé de l’acheter. Il comptait
en effet la Lui offrir en cadeau de Noël.
Et depuis plusieurs jours, il essayait d’imaginer l’expression de
Son visage en découvrant cet objet. Serait-Il content de recevoir un
petit présent, ou gêné d’une telle marque d’attention,
ou encore furieux qu’il ait choisi un cadeau aussi enfantin ?
Plus encore, manifesterait-Il sa gratitude, ou la cacherait-Il comme à
Son habitude, par peur de montrer aux autres que Lui aussi était capable
d’être touché par quelque chose ? Ou pire encore, cela Lui
serait-Il complètement égal ?
Le petit blond n’en avait absolument aucune idée, et cela provoqua
en lui un petit pincement au cœur.
Cela faisait plusieurs mois que tous deux s’étaient considérablement
rapprochés, passant beaucoup de temps ensemble quand leurs occupations
respectives le leur permettaient. Ils n’étaient pas encore officiellement
en couple, mais ils sentaient que quelque chose de très fort se passait
entre eux.
Néanmoins, Quatre n’arrivait toujours pas à comprendre certaines
de Ses réactions. Elles pouvaient être complètement déconcertantes,
tellement inattendues au regard des situations que ses certitudes s’en
trouvaient totalement ébranlées.
Parfois, malgré leur entente, il avait l’impression désagréable
qu’ils étaient encore des étrangers l’un pour l’autre.
Il est vrai qu’Il avait toujours été quelqu’un de
silencieux et de très distant, faisant rarement confiance aux gens qui
L’entouraient, hésitant toujours à livrer Ses sentiments
les plus profonds.
Pourtant, le petit blond avait compris depuis longtemps que Son masque de froideur
et d’indifférence n’était qu’une façade,
qu’Il se cachait seulement derrière cette apparence glaciale pour
éviter de se montrer tel qu’Il était vraiment, un être
blessé et fragile, réclamant amour et amitié sans oser
les demander ouvertement.
Quatre avait été intensément ému par cette détresse
fière et silencieuse, et il avait décidé qu’il était
de son devoir de faire quelque chose pour L’aider. Il avait alors entrepris
de se rapprocher de Lui, pour Lui faire comprendre, par sa présence discrète
mais rassurante, qu’il était à Ses côtés en
cas de doute ou de besoin. Il espérait ainsi instaurer entre eux une
relation de confiance et de loyauté, pour L’amener enfin à
Se livrer en toute sincérité.
Petit à petit, sa patience et sa douceur s’étaient trouvées
récompensées. Il avait commencé à L’apprivoiser
comme un petit animal craintif, lentement, progressivement. A son contact, Il
s’était mis à changer peu à peu, devenant plus ouvert,
moins solitaire et méfiant. Même s’Il ne faisait pas encore
ouvertement état de Ses sentiments, Il ne les cachait plus honteusement.
Et c’était bien cela le plus important.
Cependant, Quatre avait pleinement conscience que le chemin était encore
long avant de parvenir à une véritable liaison entre eux, faite
de partage et d’assurance.
Mais il y arriverait, il se l’était promis. Une telle relation
méritait tous les efforts du monde, elle en valait amplement la peine.
Un jour, ils seraient véritablement ensemble, en couple. Plus seulement
Quatre et Lui, mais eux. C’était le but qu’il s’était
fixé, et il était bien décidé à l’atteindre.
Peut-être même dès ce soir.
Quatre sourit heureusement à l’évocation des moyens les
plus agréables pour y parvenir. Il entendait bien les mettre en œuvre
le soir-même. Cette soirée représentait tellement de choses
pour eux tous que c’était le moment idéal pour une déclaration.
Il ne voulait surtout pas Le brusquer ni précipiter les choses, mais
seulement Lui faire comprendre la profondeur de ses sentiments.
Non, plus exactement la force de leurs sentiments, qu’il savait réciproques.
Et tant pis si les autres étaient présents, tant pis s’ils
découvraient leur relation. Il était temps qu’ils sachent
tout.
Mais de toute façon, Quatre les soupçonnait d’avoir déjà
deviné ce qu’il se passait entre eux, même si aucun n’avait
jamais fait la moindre remarque à ce sujet, par respect pour leur secret.
Ce soir, Quatre avait envie de hurler son amour à la Terre entière.
Noël
Noël
Ensemble
Ensemble
Passer Noël ensemble
Trowa
soupira profondément et quitta l’appui de la fenêtre sur
laquelle il avait posé son front pour aller s’asseoir sur une banquette,
d’où il se releva aussitôt.
Il n’arrivait pas à tenir en place et tournait en rond depuis des
heures. La perspective de Sa prochaine arrivée le mettait dans tous ses
états. Il n’avait pas l’habitude d’être aussi
énervé et excité tout à la fois, cela ne ressemblait
guère à l’image de soldat imperturbable qui était
la sienne auparavant.
En fait, il se sentait devenir plus « humain » au fur et à
mesure que le temps passait. Et cela, c’était à ses amis
qu’il le devait. Catherine et les autres pilotes.
Et surtout Lui.
Il Lui devait tant de choses. Celui-ci avait eu tellement de patience, tellement
de volonté pour l’apprivoiser. Au lieu de le juger froid et insensible
comme le faisaient souvent les gens au premier abord, Il avait pris la peine
de tenter de le connaître réellement, tel qu’il était
vraiment. Au début, Il avait eu énormément de mal, Trowa
devait bien reconnaître qu’il n’était pas quelqu’un
qui se laissait approcher si facilement.
Mais à force de persévérance et de douceur, Il avait réussi
à briser peu à peu la froideur dont il s’entourait, Il était
parvenu à rompre cette carapace artificielle. Lui seul avait su le comprendre
et découvrir que cette défense n’était qu’une
protection feinte, qu’elle n’était pas sa véritable
personnalité, qu’il ne faisait que se cacher derrière un
mur d’apparences trompeuses pour se protéger. Ce n’était
pas là le vrai Trowa. Le vrai, personne ne l’avait jamais vu. Lui
commençait seulement à peine à le découvrir. Trowa
ne voulait pas livrer aussi vite sa vraie personnalité, cela le répugnait,
Il devait le mériter.
Mais le châtain se sentait bien avec Lui, il savait qu’il pouvait
Lui faire confiance. Jamais Il ne lui demanderait quelque chose qu’il
n’était pas prêt à faire, Il le respectait trop. Trowa
le sentait, il sentait cette forme de respect, ce respect de l’autre,
de ses peurs, de ses angoisses. Jamais Il ne le forcerait à faire quoi
que ce soit qui lui déplaisait. Il savait qu’Il était prêt
à prendre son temps pour le connaître, le découvrir, et
il lui en était extrêmement reconnaissant.
Cependant, Trowa commençait à être légèrement
inquiet et agacé. Il lui avait promis de venir un peu avant le spectacle,
pour qu’ils aient le temps de se voir brièvement avant que les
autres n’arrivent.
Trowa voulait en outre Lui offrir son cadeau de Noël, car il était
encore gêné de le faire devant ses amis. Il ne se sentait pas encore
prêt à montrer ouvertement, devant les autres, ses sentiments les
plus profonds. Il aurait donc voulu le Lui offrir en privé, en toute
intimité.
Seulement, le spectacle allait bientôt commencer et il serait alors trop
tard pour leur petit tête à tête tant attendu. Les autres
ex-pilotes seraient tous présents, et il ne leur serait plus possible
de se voir seul à seul. Et cela le contrariait énormément.
Bien sûr, il était content de revoir ses amis, et il appréciait
le geste de Catherine en cette nuit de Noël.
A la fin de la guerre, il avait choisi de revenir vivre au cirque, là
où il se sentait chez lui, là où était sa vraie
famille. Il était sûr d’avoir pris la bonne décision,
tant Cathy avait parue heureuse de le revoir.
Mais il devait bien reconnaître que ses amis lui manquaient. Il ne les
voyait que trop rarement, tous travaillant chacun de leur coté. Ils échangeaient
bien quelques coups de téléphone de temps à autre, mais
cela ne compensait pas totalement leur absence.
C’est pour cette raison qu’il avaient décidé de tous
se réunir quelque part pour fêter Noël ensemble.
Lorsque Trowa avait fait part de cette idée à Catherine, elle
avait spontanément proposé que ces retrouvailles se déroulent
au cirque. Le châtain s’était montré relativement
surpris d’une telle proposition, car il connaissait l’animosité
de la jeune femme envers les autres pilotes. Elle avait alors argué que
toute la troupe avait besoin de lui pour le spectacle qu’elle devait présenter
ce soir-là, et que son absence serait très dommageable s’il
quittait le cirque pour rejoindre ses amis.
Cela était vrai, mais Trowa soupçonnait également une autre
raison : la jeune femme avait une terrible envie de passer Noël avec lui,
mais elle n’osait tout simplement pas le lui avouer. En proposant que
leur réunion se passe au cirque, elle avait l’assurance de la présence
du jeune homme au moins une partie de la soirée, même si après,
elle était prête à le laisser seul avec les autres.
Trowa avait finalement accepté sa proposition pour lui faire plaisir.
Catherine s’était montrée tellement contente d’avoir
obtenu son accord qu’elle avait tenu à téléphoner
personnellement à ses amis et à les inviter elle-même au
spectacle de Noël. C’était pour elle une façon de s’excuser
de son hostilité envers les autres du temps de la guerre. Il savait qu’elle
ne les portait pas dans son cœur et son geste n’en avait donc que
plus de valeur. Elle avait délibérément choisi de faire
un effort pour lui, et il lui en était extrêmement reconnaissant.
En effet, il tenait beaucoup à la jeune femme, et il était peiné
de l’opinion qu’elle avait de ses amis. Il aurait donné n’importe
quoi pour la faire changer d’avis, pour trouver une solution à
ce problème. Et voilà qu’elle la lui fournissait elle-même.
C’était peut-être cela que l'on appelait la magie de Noël
…
Noël
Noël
Noël
Ensemble
Hummm
Tout
en essayant de rester concentré sur son pilotage malgré sa lassitude,
Quatre sentait ses pensées dériver sans qu’il ne cherche
vraiment à les retenir. Il lui était très agréable
et reposant de laisser son esprit vagabonder de la sorte, au fil des évènements.
Il en était arrivé ainsi à se remémorer les raisons
des retrouvailles du soir-même.
A son grand étonnement, quelques jours auparavant, Quatre avait reçu
un coup de fil de Catherine qui les invitait tous les quatre à venir
passer Noël au cirque en compagnie de Trowa. Etant donné le peu
d’estime que la jeune femme éprouvait pour les ex-pilotes et son
animosité visible, cette invitation l’avait grandement surpris.
Mais après tout, Noël était peut-être la période
la plus propice de l’année pour mettre de coté toutes les
rancœurs passées, et recommencer de ce fait sur de nouvelles bases.
Après réflexion, il était reconnaissant à Catherine
d’avoir amorcé ce geste de réconciliation. Il savait à
quel point Trowa tenait à celle qu’il considérait comme
sa sœur, et le fait qu’elle et ses meilleurs amis ne s’appréciaient
guère contrariait énormément le châtain. Quatre soupçonnait
donc la jeune femme d’avoir tenté d’effectuer ce rapprochement
uniquement pour faire plaisir à Trowa.
Mais après tout, chaque opportunité était bonne à
saisir, c’était avant tout le geste qui comptait. Lui aussi devait
donc utiliser cette occasion pour opérer ce rapprochement qui importait
tellement à Trowa.
Il essayait déjà d’imaginer de quelle manière manifester
sa reconnaissance envers Catherine, quand ses idées commencèrent
à se brouiller.
Perdu dans ses réflexions, Quatre ne s’était pas rendu compte
que ses symptômes s’étaient aggravés et que depuis
quelques instants, il avait de plus en plus de mal à réfléchir,
et surtout beaucoup de difficultés à aligner des pensées
cohérentes. La fatigue, plus aiguë, se faisait maintenant ressentir
intensément, et il avait tout à la fois chaud et froid.
Son corps entier se mit soudain à le faire souffrir cruellement. Aux
courbatures provoquées par sa forte fièvre s’ajoutaient
les efforts qu’il faisait pour maintenir l’avion en vol depuis de
longs moments. Ses yeux notamment commençaient à le brûler,
il devait les cligner fréquemment pour les soulager, mais malheureusement,
le répit était de faible durée. Il éprouvait en
outre une violente envie de dormir, et il avait l’horrible impression
que ses yeux se fermaient tout seuls.
- Il ne faut pas que
je m’endorme, il ne le faut pas … murmura t-il en se frottant énergiquement
les yeux d’une main, ce qui n’eut pas beaucoup d’effet.
Il décida
alors d’essayer de faire un peu le vide dans ses pensées pour se
concentrer uniquement sur son pilotage. Il était en effet dangereux d’encombrer
son esprit de multiples réflexions inutiles en une telle situation.
Pourtant, malgré tous ses efforts, il avait de plus en plus de mal à
fixer son attention sur son pilotage. L’avion était maintenant
constamment malmené par les rafales de vent, et il avait énormément
de difficultés à maintenir l’appareil stable. Soudain, une
rafale plus forte que les autres fit faire une embardée à l’appareil
qui sous la secousse, envoya la petite peluche rouler par terre, sous un siège.
- Zut ! pesta Quatre
en jetant un coup d’œil à l’endroit où l’ours
était tombé. Le sol est boueux, la peluche va être toute
sale, et je ne pourrai plus la Lui offrir dans ces conditions !
Tenant d’une
main les commandes, il se pencha pour ramasser l’objet de l’autre.
Au moment précis où il effectuait ce mouvement, une nouvelle rafale
fut tellement forte qu’elle projeta brutalement l’avion sur le côté.
Quatre fut déséquilibré par la rudesse du choc, il en lâcha
la direction de surprise et se retrouva projeté violemment contre le
tableau de bord, que sa tête heurta fortement. Il en resta tout étourdi
pendant quelques secondes.
Lorsqu’il reprit enfin ses esprits, il constata avec horreur que l’avion
commençait à piquer du nez, poussé par le vent qui accélérait
sa chute. Il tenta de redresser les commandes, mais il était déjà
trop tard, la vitesse de l’appareil était trop grande et la force
du vent empêchait toute manœuvre.
Quatre vit alors s’approcher avec horreur la sombre forêt sous lui,
qu’il parvenait à peine à distinguer au milieu des ténèbres,
entre les rafales de neige et le brouillard.
Et soudain, ce fut la collision, son avion percuta avec une violence inouïe
la cime d’un arbre immense. Quatre perdit connaissance sous le choc, et
l’appareil s’écrasa avec fracas, brisant sur son passage
branches et arbres entiers, pour aller finalement s’immobiliser quelques
centaines de mètres plus loin, dans un nuage de fumée et de neige.
Passer
Noël ensemble
Hoou
Noël Ensemble
Hoou
Noël Ensemble
-
Trowa, dépêche-toi, le spectacle va bientôt commencer !
L’intéressé,
toujours perdu dans de profondes réflexions, le front de nouveau appuyé
contre la vitre, sursauta lorsque Catherine déboula à toute allure
dans sa loge, entièrement vêtue d’un costume rouge et blanc
qui la faisait ressembler à une sorte de Mère Noël survoltée.
Elle eut l’air légèrement surprise en constatant le sursaut
du jeune homme, puis elle se mit à rire. Ce n’était pas
tous les jours qu’elle parvenait à surprendre ainsi l’imperturbable
clown, surtout dans un moment de si intense réflexion personnelle.
- Eh bien, qu’est-ce
que tu fabriquais ? J’ai l’impression de t’avoir dérangé
dans un moment de réflexion extrême, non ? lança t-elle,
gentiment moqueuse.
Mais Trowa ne répondit
rien. Il détestait être pris par surprise de cette façon,
surtout dans un moment de telle fragilité, ce que la jeune femme venait
malheureusement de faire. Il était tellement perdu dans ses pensées,
tellement vulnérable à cet instant-là qu’il ne l’avait
même pas entendue arriver. Et cela le rendait furieux.
En fait, pour être totalement exact, ce n’était pas à
Cathy qu’il en voulait le plus, mais plutôt à lui-même.
Une telle marque de faiblesse manifeste, une telle preuve de défaillance
ne lui ressemblait absolument pas. En temps de guerre, un tel instant d’inattention
aurait pu lui coûter très cher.
Mais Trowa secoua la tête. Ils n’étaient heureusement plus
en guerre, la paix était installée depuis des mois, et sa réaction
n’avait plus lieu d’être.
Mais il devait bien reconnaître qu’il avait du mal à abandonner
certains réflexes défensifs ou certaines pensées.
Constatant que le jeune homme ne répondait pas, et devant son air plus
que contrarié, Catherine compris qu’elle avait commis une maladresse
qui l’avait irrité. D’ailleurs, son visage fermé le
lui prouvait.
Elle eut une moue dubitative. Décidément, elle n’arriverait
jamais à le comprendre. Elle commençait à bien le connaître,
mais certains de ses comportements l’étonnaient encore. Ce qui
semblait anodin chez certaines personnes était étrange chez Trowa,
sa réaction à l’instant même le lui prouvait. Il avait
l’air furieux, et elle ne savait pas vraiment pourquoi. Elle lui avait
fait peur, certes, elle l’avait surpris dans une situation qui le mettait
en défaut, mais il n’avait aucune raison d’afficher ce visage
hermétique.
Pourtant, elle se sentait peinée pour lui et commença à
s’excuser :
- Je suis désolée,
Trowa, je ne voulais pas te faire peur ni te contrarier, c’est juste que
…
Elle ne put continuer,
craignant de le vexer davantage par des mots maladroits.
Il sursauta une nouvelle fois en entendant ses paroles, comme s’il avait
de nouveau oublié sa présence et qu’il la découvrait
à l’instant même devant lui.
Il dut la regarder d’une façon involontairement dure car elle fronça
les sourcils et son visage se figea.
- Ca va, inutile de
me fixer comme ça. Je t’ai déjà dit que j’étais
désolée de t’avoir surpris ainsi, je ne l’ai vraiment
pas fait exprès. Alors pas la peine de faire cette tête. Si je
te dérange vraiment, je m’en vais …
Et elle tourna résolument
les talons pour se diriger vers la sortie.
Trowa cligna des yeux, abasourdi. Sans même avoir prononcé un mot,
seulement par son attitude singulière, il avait réussi à
la froisser alors que ce n’était pas du tout son intention.
Il soupira de nouveau, conscient qu’il lui restait encore pas mal de chemin
à faire pour accepter et comprendre les règles élémentaires
de sociabilité.
- Catherine, attends
!
La jeune femme
interrompit son mouvement, un peu déconcertée. Elle espérait
effectivement que Trowa allait la rappeler pour s’excuser, c’était
après tout ce que n’importe qui aurait fait en temps normal, mais
elle était quand même étonnée qu’il le fasse
vraiment.
- Cathy, je …
Ce n’est pas après toi que je suis en colère, c’est
après moi. Je … je n’ai pas l’habitude d’être
surpris dans un tel état de vulnérabilité, et je me suis
senti gêné. Je m’en veux de m’être montré
aussi faible et cela n’a rien à voir avec toi.
Catherine fut stupéfaite
par un tel aveu. Que Trowa ait été surpris en position de faiblesse,
soit, cela était concevable. Mais qu’il avoue ouvertement sa faute,
c’était un exploit. Trowa Barton qui s’excusait, le fait
était assez rare pour être souligné.
Pourtant, il avait l’air tellement confus qu’elle le rassura aussitôt
avec un grand sourire :
- Non, c’est
moi qui suis désolée, je sais que tu n’aimes pas être
dérangé, et je débarque comme une folle dans ta loge. J’aurais
dû réfléchir avant. Pardonne-moi !
La jeune femme avait
déjà oublié sa mauvaise humeur passagère. Elle n’arrivait
jamais à en vouloir longtemps à Trowa. Elle savait qu’il
avait traversé des épreuves très dures, qu’il avait
vécu une existence totalement décalée, et il était
compréhensible qu’il ait du mal à s’adapter à
une nouvelle vie. Il avait besoin de temps, cela était parfaitement concevable.
Elle devait donc lui en laisser un peu, et ne pas se montrer trop exigeante
avec lui pour le moment.
Et puis, surtout, elle était tellement contente de l’avoir avec
elle en cette nuit de Noël qu’elle était prête à
tout lui pardonner !
Un moment de silence et de bien-être s’établit entre eux
après ce bref malentendu vite réparé.
Trowa se rappela soudain qu’il n’avait même pas remercié
Cathy pour avoir invité les ex-pilotes en cette soirée de réveillon.
Il ne savait pas trop comment faire, mais il jugea le moment opportun et se
lança en hésitant un peu :
- Au fait, je voulais
te remercier … d’avoir invité mes amis.
- Ce n’est rien, c’est tout naturel. Je sais à quel point
tu avais envie de les voir, et si je ne les avais pas conviés à
la fête, tu serais allé les rejoindre je ne sais où. Je
préfère que vous vous réunissiez tous ici, au moins, je
peux vous surveiller plus facilement !
Elle avait dit ceci
sous forme de boutade en tirant le bout de la langue, mais Trowa savait parfaitement
qu’elle ne plaisantait qu’à moitié. Elle n’avait
pas une confiance entière envers les autres pilotes, mais elle ne voulait
pas le montrer totalement pour ne pas lui faire plus de peine.
- Bon, c’est
l’heure, il faut y aller ! lança Catherine en entendant le signal
qui annonçait l’imminence de la représentation.
- D’accord, je te suis, je finis juste de me préparer …
-Ok, à tout de suite !
Elle s’éloigna
de nouveau, et s’apprêta à franchir la porte quand Trowa,
mu par une impulsion soudaine, la rappela :
- Cathy ?
- Oui ? fit celle-ci en se retournant.
- Merci, répondit seulement Trowa sans s’expliquer davantage.
Le sourire de Catherine
s’agrandit de bonheur et elle sortit en sautillant joyeusement.
Le remerciement de Trowa n’avait pas de raison particulière, il
concernait sa gratitude pour tout ce qu’elle avait fait pour lui depuis
son arrivée au cirque, sa présence continuelle à ses côtés,
son geste pour la soirée, enfin un peu tout ce que le jeune homme ressentait
sans oser l’exprimer ouvertement.
Au dehors, par la porte entrouverte, la musique battait son plein et les derniers
spectateurs se pressaient vers l’entrée du chapiteau. Il était
vraiment temps d’y aller.
Trowa soupira de nouveau. Il prit un bonnet sur une table, l’enfila rapidement
et sortit à son tour.
A
la lumière du jour
Et contre le silence
Qui nous entoure
Laisser faire la magie
Des flocons de lumière
Quatre
ouvrit les yeux très lentement, et regarda avec étonnement tout
autour de lui. Il lui fallut quelques longs instants pour se souvenir de l’endroit
où il se trouvait, et prendre conscience de l’inconfort de la situation.
Il n’aurait su dire pendant combien de temps il était resté
inconscient, mais autour de lui, dans l’habitacle défoncé
de l’appareil, l’obscurité était toujours aussi intense,
à peine atténuée par les lueurs de plusieurs ouvertures
fumantes. Le froid et la neige s’engouffraient par les multiples cassures
provoquées par le choc dû à l’accident, rendant l’atmosphère
glaciale.
Quatre frissonna, ce qui éveilla brusquement une violente douleur dans
son bras gauche. Il essaya de le bouger prudemment, mais la souffrance l’en
empêcha.
- Je dois avoir le
bras cassé … maugréa t-il entre ses dents. Il ne manquait
plus que ça !
De son membre valide,
il fit rapidement le tour des commandes de l’avion, mais aucune ne répondit,
pas plus que la radio. Seule la balise de détresse fonctionnait encore
à peu près correctement, et il l’enclencha.
Il fit ensuite rapidement le tour de la situation, qu’il jugea plus que
critique. L’avion était hors d’usage, ainsi que toutes les
installations. S’il restait ainsi, il risquait de mourir de froid à
bord de l’appareil éventré, excepté s’il parvenait
à boucher toutes les ouvertures de manière quelconque. Mais ce
ne serait pas chose aisée avec son bras blessé. Les secours, avertis
par la balise de détresse, ou par une Chris affolée qui ne manquerait
pas de les prévenir en ne recevant pas son coup de fil, mettraient sûrement
plusieurs heures avant de le retrouver. S’ils y parvenaient.
Il n’avait donc plus qu’une solution, sortir chercher de l’aide,
en espérant qu’il ne se trouvait pas trop loin d’une habitation
quelconque. De toute façon, il n’avait pas le choix, s’il
restait ainsi, il finirait sûrement par mourir gelé, il devait
donc tenter sa chance, ou du moins essayer. Mais au dehors, la tempête
faisait rage, il aurait du mal à trouver son chemin dans ce lieu qu’il
ne connaissait pas, au milieu de cette végétation inhospitalière,
qui plus est avec ce mauvais temps et dans le noir.
Quatre hésita longuement sur la conduite à tenir.
Sa raison lui dictait de rester dans l’avion. Il y serait relativement
à l’abri malgré les nombreuses ouvertures, il avait prévu
de quoi manger et des couvertures pour se couvrir chaudement.
Son cœur, lui, hurlait qu’il ne devait pour rien au monde manquer
cette soirée de Noël. Il voulait, il devait être avec ses
amis ce soir. Avec Lui.
Et finalement, son cœur l’emporta sur sa raison.
Quatre se mit à fouiller les restes de l’avion, à la recherche
d’un quelconque objet pouvant lui être utile. La tâche s’avéra
ardue, à cause de l’obscurité, mais surtout de la douleur
qui paralysait son bras. Il récupéra le chaud manteau épais
qu’il avait pris la précaution d’emporter avec lui, une paire
de gants fourrés ainsi qu’un bonnet et une longue écharpe
polaire.
Après s’être débattu un bon moment avec le manteau
qu’il n’arrivait pas à enfiler du fait de son membre brisé,
il glissa ensuite quelques barres de nourriture dans ses poches, et se saisit
d’une puissante lampe torche. Il ne savait pas où il se trouvait,
ni le chemin à parcourir, il devait donc prendre ses précautions
pour se préparer à faire une longue marche, mais cependant sans
trop s’encombrer.
Il s’apprêta à sortir dans la nuit obscure, quand soudain,
il eut la sensation intense d’oublier quelque chose d’important.
Il fit le tour du cockpit avec sa lampe, vérifiant qu’il n’avait
rien oublié de nécessaire, quand son regard tomba sur la peluche
qui se trouvait toujours sur le sol. Elle paraissait très sale et boueuse
d’après ce qu’il distinguait, mais à première
vue, elle semblait n’avoir pas trop souffert du choc. Il la ramassa et
tenta de la nettoyer un peu, puis il sourit joyeusement en constatant qu’elle
n’avait pas subi de dommages trop visibles, mis à part une petite
déchirure sur le pull-over.
Il hésita cependant un bon moment sur ce qu’il devait en faire,
la laisser ici ou l’emmener avec lui.
S’il l’emportait, elle risquait de le gêner, car même
si elle n’était pas très grosse, elle ne rentrait pas dans
ses poches, et risquait de l’encombrer plus qu’autre chose, d’autant
plus qu’il n’avait qu’un bras valide.
D’un autre coté, il répugnait à laisser derrière
lui un objet auquel il tenait tant, qui était si important à ses
yeux.
Le blond décida finalement de l’emporter malgré tout.
Il tenta alors d’ouvrir la porte de l’appareil, mais celle-ci s’était
bloquée sous la violence du choc qui avait tordu la tôle, ce qui
l’obligea à casser une vitre déjà endommagée
de l’appareil pour se glisser dehors par la petite ouverture. Il fit bien
attention à protéger son bras meurtri, mais la douleur provoquée
par l’effort et ses mouvements lui tira des larmes. Il se laissa pourtant
malgré tout glisser sur la carrosserie et atterrit dans la neige profonde,
dans laquelle il s’enfonça jusqu'à mi-mollet.
Autour de lui, l’obscurité était totale et la lampe ne lui
était pas d’une grande utilité. Du fait de l’épais
brouillard qui l’entourait, elle avait du mal à percer les ténèbres
et ne dispensait autour de lui qu’un faible halo de lumière pâle
qui n’éclairait que vaguement et ne parvenait pas à dissiper
le flot des ténèbres.
De plus, malgré la présence tout autour de lui d’arbres
qui lui semblaient immenses, la neige glacée s’engouffrait entre
les troncs en rafales de vent brèves et violentes, créant des
couloirs d’air glacial qui le frigorifiaient.
Le petit Arabe leva les yeux au ciel, essayant de distinguer le moindre rayon
de lune ou une étoile au-dessus de sa tête, mais les grands arbres
et le mauvais temps empêchaient tout trait de lumière de pénétrer
plus avant ou de repérer quoi que ce soit.
Ne sachant pas de quel côté s’orienter, il choisit de se
diriger droit devant lui, et il commença à s’aventurer parmi
les arbres.
Et
les regards remplis de soleil
Quand les nuits se ressemblent
D’un mot d’une prière
Faire que nos mains se tendent
Noël
Au
moment précis où il sortait de sa roulotte, Trowa tomba sur Heero
qui avançait vers lui. Son ami était toujours aussi ponctuel,
remarqua t-il dans un petit sourire.
Le Japonais eut un petit sursaut de surprise en découvrant le costume
de Trowa. Celui-ci était déguisé en Père Noël,
avec un long manteau rouge bordé de fourrure blanche, une large ceinture
noire nouée à la taille et il était chaussé de grosses
bottes de la même couleur. Sur sa tête se trouvait un bonnet rouge
et blanc lui aussi, dont l’extrémité était pourvue
d’un grelot qui tintait gaiement à chaque pas. Heero le reconnut
aussitôt. C’était celui que Quatre leur avait offert à
tous l’année précédente *, et Trowa semblait l’avoir
conservé précieusement. L’Asiatique se laissa aller à
émettre un petit sourire entendu, ce qui sembla mettre Trowa très
mal à l’aise. Il était gêné que Heero se soit
aperçu de cette marque manifeste de sensibilité. Il porta la main
au bonnet comme pour enlever l’objet, mais Heero secoua la tête.
- Moi aussi, je l’ai
gardé … expliqua ce dernier avec un sourire contrit, comme s’il
s’agissait d’une faute grave, ou d’une faiblesse dont il s’excusait.
Trowa fut étonné
que Heero ait conservé lui aussi l’objet en question, lui qui n’accordait
que peu d’importance aux choses matérielles. Les circonstances
dans lesquelles ce cadeau avait été offert avaient semble t-il
été autant importantes pour lui que pour les autres. Heero lui
aussi avait commencé à « s’humaniser » après
cette soirée, comme eux tous.
- Les autres ne sont
pas encore arrivés ? demanda Heero pour détourner ce début
de conversation qui les gênait tous deux.
- Non, tu es le premier.
Cette réponse
apparemment le troubla, et il sembla devenir légèrement anxieux.
Le jeune homme paraissait penser que pour une raison ou pour une autre, les
autres pilotes, ou du moins certains d’entre eux, auraient déjà
dû se trouver là. Au moins Lui.
Cela sembla l’inquiéter et il fit une moue qui pouvait passer pour
inquiète pour qui le connaissait bien.
- Ca a l’air
de te surprendre ? interrogea à son tour Trowa, passablement inquiet
lui aussi à présent. Si Heero semblait soudain aussi préoccupé,
il devait y avoir une raison valable.
- Ils ont annoncé une terrible tempête de neige pour cette nuit
sur un grand nombre de régions …
Il n’eut pas
besoin d’en expliquer d’avantage, Trowa avait compris. Les autres
étaient peut-être bloqués par la neige, et dans l’incapacité
de venir les rejoindre, ni même de prévenir de leur retard ou de
leur absence. Cela était effectivement relativement inquiétant,
car l’incertitude était pire que le tout reste.
Trowa fut envahit d’un sentiment de culpabilité. S’il arrivait
quelque chose à ses amis, il ne se le pardonnerait jamais.
S’il Lui arrivait quelque chose par sa faute …
Le châtain préférait ne même pas envisager cette terrible
possibilité et il secoua la tête comme pour chasser toute idée
négative.
- La neige a seulement
dû les ralentir, et ils ne vont sûrement pas tarder à arriver
…
Mais son ton était
peu convaincu et convaincant. La simple évocation de ce retard avait
suffit à le déstabiliser complètement, ce qui ne lui était
arrivé que très rarement par le passé.
- Trowa, dépêche-toi,
on n’attend plus que toi pour commencer !
Catherine avait passé
la tête par une petite ouverture pratiquée sur un côté
du chapiteau, pour chercher où pouvait bien se trouver l’intéressé,
et elle remarqua la présence de son compagnon avec lui.
- Oh, bonsoir, Heero,
je suis contente de te voir !
Son intonation sonnait
un peu faux, mais sa bonne volonté était évidente. Heero
la salua d’un hochement de tête, ce qui sembla la satisfaire momentanément.
- Trowa, le
directeur est furieux parce qu’il ne manque plus que toi. Il ne faudrait
pas mettre tout le monde en retard à force de papoter. Le chapiteau est
bondé et les spectateurs commencent à s’impatienter…
Aussitôt dit,
elle disparut vivement dans l’encablure, appelée par une voix à
l’intérieur.
Les deux jeunes hommes se regardèrent brièvement, partageant une
même angoisse indicible et sournoise. Mais ils n’avaient pour l’instant
aucune raison concrète de se sentir inquiets, et ils décidèrent
tacitement de ne pas se laisser abattre.
Trowa pénétra par l’ouverture par laquelle Catherine avait
disparue un instant auparavant, tandis que Heero se dirigeait vers l’entrée
du public.
Noël
Ensemble
Ensemble
Passer Noël ensemble
Noël (chœurs)
Quatre
marchait depuis un bon moment déjà, un temps qu’il jugeait
interminable, les minutes lui semblant être des heures entières.
Il ne savait pas où il allait, tout autour de lui était sinistre.
Il faisait une nuit noire, sombre et inquiétante. La forêt ne le
protégeait en rien, au contraire. Les arbres lui paraissaient tous identiques,
et ne lui offraient aucun point de repère. Ses empreintes étant
immédiatement effacées et il avait l’impression de tourner
en rond . Il allait pourtant droit devant lui, mais totalement à l’aveuglette,
espérant que cela le mènerait rapidement à une issue.
Mais il lui semblait au contraire qu’il s’enfonçait plus
avant dans la forêt, tant les arbres autour de lui étaient nombreux
et denses.
Il commençait sérieusement à désespérer.
Il avait beau avancer sans relâche, il n’y avait autour de lui que
des arbres, du vent et de la neige. Il fut même tenté plusieurs
fois de renoncer et de rebrousser chemin pour retourner se réfugier dans
l’avion où il serait au moins relativement à l’abri
à défaut d’être au chaud. Seule la pensée de
Le retrouver à l’issue de ce périple lui redonnait courage
et le forçait à continuer son avancée. Il avait froid,
son bras le faisait atrocement souffrir, mais la perspective de la soirée
qui l’attendait suffisait à lui procurer la détermination
qui lui manquait. Il tremblait autant de froid de fièvre. Mais cela lui
était égal, il avait l’impression qu’il pouvait aller
jusqu’au bout du monde pour Le retrouver. Une fois au chaud dans Ses bras,
cette histoire ne serait bientôt plus qu’un mauvais souvenir à
oublier bien vite.
Alors qu’il commençait à penser qu’il ne sortirait
jamais de cet endroit lugubre, il déboucha soudainement sur un espace
presque découvert. A quelques centaines de mètres en contrebas,
se trouvait un petit village, tout paré de ses habits de fête.
C’était du moins ce que Quatre supposait, car même les plus
petites villes se paraient de leurs habits de lumière pour fêter
cette nuit si particulière.
Il pouvait déjà imaginer les rues agrémentées de
nombreux décors multicolores, représentant des scénettes
festives et joyeuses, les façades enrichies de bordures étincelantes,
les arbres garnis de nœuds rouges et or, les vitrines des commerces décorées
de petites scènes, gaies et accueillantes.
Il devinait la présence d’un sapin immense sur la place principale,
dressé fièrement vers les cieux, tout illuminé.
Il lui semblait apercevoir le clocher de l’église, ceint d’une
guirlande d’argent, se détachant sur le ciel obscur et brillant
de mille feux, tel un phare rassurant.
Il ne pouvait voir tout cela cependant, la distance le séparant de cette
vision de rêve était trop grande. C’était son imagination
seule qui lui décrivait toutes ces merveilles à travers son désespoir.
Pourtant, il lui semblait que cette cité idéale était bien
réelle. Ce village ressemblait dans son esprit à toutes ces villes
magnifiquement parées qu’il avait eu l’occasion de visiter.
Il ne doutait pas que celle-ci fut aussi belle que les autres, si ce n’est
plus. Il ne pouvait en être autrement.
La perspective rassurante de trouver enfin du secours en ce lieu féerique
lui redonna confiance. Il tenta d'évaluer la distance à vol d’oiseau
qui le séparait du village, mais à cause de la neige et du brouillard
qui l’enveloppaient, il fut incapable d’estimer précisément
cette étendue vague. Pourtant, il décida de se raccrocher à
cet espoir, le seul qui lui restait.
- Il doit y avoir
mille cinq cent mètres à peine d’ici au hameau, peut-être
deux kilomètres. Cela ne me prendra pas énormément de temps
pour y parvenir. Dès que je serrai arrivé là-bas, je pourrai
Lui téléphoner pour Lui dire de ne pas s’inquiéter.
Ensuite, je me débrouillerai pour trouver un moyen de rentrer.
Regonflé par
cette pensée réconfortante, perdu dans ses pensées optimistes,
il se remit en route, sans se rendre compte que la neige se mettait à
tomber plus drue encore.
Noël
Ooh ooh
Ensemble
Ensemble
Passer Noël Ensemble
Trowa
se dirigea directement vers une tenture qui avait été installée
dans un angle du chapiteau, et qui le cachait à la vue des spectateurs.
Il commença à escalader prestement l’échelle qui
se situait derrière le rideau. Arrivé tout en haut, il déboucha
sur une petite plate-forme qui dominait la piste, située à plusieurs
mètres en contrebas. Devant lui, une corde extrêmement fine mais
solide traversait l’intégralité de la tente et rejoignait
une autre petite plate-forme fixée de l’autre côté.
Au-dessus de sa tête, au plafond, tout un jeu de lumières faisait
apparaître un ciel bleu nuit, tout illuminé d’une multitude
de petites étoiles argentées.
Tout à coup, l’obscurité la plus totale se fit, et un projecteur
fut braqué sur Trowa. Toutes les têtes se levèrent à
l’unisson et un silence respectueux se fit.
Trowa quitta sa plate-forme et commença à avancer minutieusement
sur le fil. L’exercice n’avait rien de bien complexe en lui-même,
le jeune homme devait seulement marcher en équilibre sur la corde raide
tout en jonglant avec une dizaine de boules multicolores en verre servant habituellement
à décorer les sapins. C’était une idée de
Catherine, qui trouvait qu’en cette circonstance, ce genre d’accessoires
était le bienvenu.
Pour corser un peu la difficulté du numéro, Trowa avait tenu à
évoluer sans harnais ni filet de protection, ce qui apportait un peu
de piquant à son évolution qu’il jugeait somme tout assez
élémentaire. De plus, les grosses bottes de cuir dont il était
chaussé le gênaient beaucoup, il manquait ainsi de précision
pour poser ses pieds sur la corde, ce qui rendait sa progression plus ardue
mais aussi nettement plus intéressante.
Seulement, malgré sa simplicité toute relative, ce genre d’activité
demandait avant tout énormément d’application.
Et le problème était que Trowa n’était justement
pas assez concentré. Le retard de ses amis, mais surtout Son retard,
commençait à sérieusement l’inquiéter. Il
ne pouvait empêcher de tourbillonner dans sa tête des dizaines d’explications
plausibles à cette absence que rien ne pouvait justifier réellement,
mais aucun motif ne le satisfaisait pleinement.
Sans trop savoir pourquoi, il se mit brusquement à envisager le pire
pour ses amis.
Déstabilisé, son pied glissa soudain de la corde, et il tomba,
lâchant les boules qui allèrent se briser sur le sol dans un bruit
cristallin.
L’assistance poussa un « oh ! » d’étonnement
et d’effroi, craignant à tout moment de voir chuter également
le jongleur.
Mais celui-ci avait réussi de justesse à se rattraper d’une
main au cordage, et il se balançait au-dessus du vide, abasourdi.
C’était la première fois qu’il commettait une erreur
aussi grossière, qui aurait pu lui être fatale. En temps normal,
ce genre d’exercice ne lui posait aucun problème. Mais aujourd’hui,
son état émotionnel ne lui permettait guère de prendre
autant de risques, il aurait dû le savoir.
Un silence glacé s’était établi dans la salle, le
public retenait son souffle, attendant de voir comment le jeune homme allait
pouvoir se sortir de sa périlleuse situation.
Trowa reprit enfin conscience de tout ce qui l’entourait, et il réalisa
qu’il devait absolument terminer son numéro.
La main qui tenait fermement le fil s’ouvrit et il se laissa tomber dans
le vide, son corps tournant sur lui-même en une série d’habiles
acrobaties. Le jeune homme se réceptionna agilement sur le sol, au centre
même de la piste.
Le projecteur était à nouveau braqué sur lui, tout comme
les regards anxieux de la foule.
Trowa fit une profonde révérence et déclara à très
haute voix :
- Mesdames et Messieurs,
soyez les bienvenus pour ce divertissement de Noël que nous espérons
rendre pour vous ce soir inoubliable !
Puis, d’une
nouvelle pirouette, il s’éclipsa pour laisser place à la
représentation, sous les applaudissements nourris et les cris enthousiastes
d’un public rassuré.
Noël
Ensemble
Noël Ensemble
(chœurs)
Noël
(chœurs)
Quatre
avait de plus en plus de mal à avancer au fur et à mesure qu’il
descendait vers la ville, chacun de ses pas s’enfonçait dans la
neige fraîche et profonde.
Il ne distinguait plus à présent du village qu’un halo lumineux,
vague et flou. Ses contours étaient noyés sous le brouillard formé
par la neige qui tombait toujours sans discontinuer, et le vent, dans cet espace
à découvert, soufflait avec une violence accrue, qui freinait
encore davantage sa progression.
Soudain, le jeune homme épuisé par cette lutte contre les éléments
déchaînés trébucha et tomba brutalement. La lampe
torche qu’il tenait roula un peu plus loin en s’éteignant
tandis qu’inconsciemment, il serrait précieusement contre lui la
petite peluche pour ne pas l’égarer.
Le petit blond mit quelques longues secondes à recouvrer ses esprits,
un peu étourdi par sa chute. Il en profita pour se reposer un moment,
tentant de reprendre ainsi un peu de forces.
Il se hasarda ensuite à se relever lentement, mais il eut énormément
de mal à accomplir son geste, sa main valide ne trouvait aucun soutien
sur lequel prendre appui et son bras blessé lui procurait une souffrance
atroce.
Il effectua en vain plusieurs tentatives exténuantes mais il parvint
enfin à se redresser en pestant contre sa faiblesse.
Cependant, lorsqu’il regarda autour de lui pour essayer de se situer,
le brouillard était devenu si opaque qu’il ne distinguait même
plus le village.
Il sentit une intense bouffée de panique l’envahir. Sans ce repère
lumineux qui le guidait depuis un long moment, il savait qu’il ne parviendrait
jamais à retrouver son chemin.
Pourtant, il s’efforça aussitôt de se maîtriser, conscient
qu’il ne servait à rien de s’effrayer ainsi.
- Inutile de paniquer.
Si je perds mon calme, cela ne fera qu’aggraver la situation. Il faut
que je me ressaisisse …
Il entreprit
alors de regarder méthodiquement tout autour de lui, pour tenter de déceler
une lueur, un indice quelconque qui lui permettrait de s’orienter.
Mais cette opération et l’effort qu’elle réclamait
s’avéraient très pénibles pour lui. Il lui semblait
que ses yeux le brûlaient encore davantage, il avait du mal à les
maintenir ouverts. Pour les apaiser un peu, il saisit une pleine poignée
de neige qu’il appliqua avec délices sur ses paupières douloureuses.
Il ressentit immédiatement une sensation intense de soulagement, d’apaisement.
Il rouvrit ensuite prudemment les yeux.
Sur sa droite, il pouvait de nouveau apercevoir les lumières du village.
Il réalisa alors que plus encore que la neige maintenant tourbillonnante
autour de lui, c’était la fièvre qui troublait ainsi sa
vision.
Mais au lieu de le rassurer, cette constatation l’inquiéta.
- Il faut que
je me dépêche, avant que la fièvre ne m’empêche
de distinguer quoi que ce soit …
Il décida d’abandonner
sa lampe torche, qui ne lui servait décidément pas à grand
chose en cette situation, et qui le gênait plutôt par son encombrement
et son poids non négligeable dans l’état d’extrême
fatigue du blond.
Mais il ne put se résoudre à laisser la peluche. Elle représentait
trop pour lui. Elle ne lui était bien sûr d’aucune utilité
matérielle, mais plutôt morale, il lui semblait qu’elle lui
donnait du courage. Tant qu’il tenait cette peluche dans sa main, il se
souvenait de la raison pour laquelle il devait absolument survivre. Elle était
une sorte de garantie. S’il l’abandonnait, c’était
comme s’il abandonnait tout espoir de s’en sortir.
Et il se remit en marche, encore plus péniblement qu’auparavant,
la petite peluche serrée précieusement contre son cœur.
Noël
Ensemble
Et se promettre un rendez-vous
Chaque année en décembre
On sait pourquoi on court
Quand on cherche l’amour
Trowa
se tenait en coulisses, prêt à entrer en scène dès
que ce serait à nouveau son tour.
Sur la piste se succédaient clowns, acrobates, jongleurs et magiciens,
tous vêtus de costumes magnifiques qui resplendissaient sous les feux
des projecteurs … La représentation était féerique,
magique, tout avait été fait pour le plaisir des yeux, des oreilles
et de tous les sens réunis. Rien n’avait été laissé
au hasard et tout était parfait, comme pour un chef d’œuvre.
Trowa ne portait cependant qu’un œil distrait à ce spectacle.
Il le connaissait par cœur pour l’avoir vu répéter
des dizaines de fois, mais surtout, il se sentait devenir de plus en plus inquiet.
Il n’était toujours pas là, et Son retard commençait
à être angoissant.
Le châtain jeta un nouveau coup d’œil à travers une
ouverture, et il aperçut Wufei qui était venu s’asseoir
aux cotés de Heero. Même le chinois, peut-être le moins enthousiaste
d’eux cinq, était là. Cela rendait Son retard encore plus
alarmant. Il espérait de tout son cœur qu’Il n’était
pas pris dans la tempête, et qu’Il était seulement retenu
par Son travail comme à Son habitude.
Trowa avait l’impression que sa tête allait exploser à force
de ressasser toutes ces pensées négatives et sinistres, et il
chercha comment se changer un peu les idées.
Il lui revint alors à l’esprit la soirée du réveillon
précédent, le premier qu’ils aient passé entre eux.
Duo avait réussi à les convaincre de la nécessité
de fêter Noël tous ensemble, en famille ou entre amis. Les quatre
jeunes gens avaient longuement réfléchi au discours prononcé
par l’Américain, et ils avaient adopté un compromis, résumé
ainsi par Heero.
¤
Flash-back ¤ *
-
Nous avons bien réfléchi après ton départ et nous
en sommes arrivés à une conclusion. Ce n’est pas parce qu’aucun
de nous ne croit à Noël que nous avons le droit de t’enlever
tes croyances. En ces temps de guerre, je pense qu’il est important de
s’appuyer sur des rêves, des espérances. Toi, tu as la chance
d’avoir un espoir auquel te raccrocher. Ne perds jamais cette foi ! Et
laisse nous la partager avec toi. Pour nous qui vivons au milieu des combats,
Noël représente avant tout un espoir de paix. Même et surtout
si cette trêve ne dure que quelques heures, nous pouvons quand même
essayer de retrouver une âme pure d’enfant. Demain, tout reprendra
comme avant, mais nous aurons dans le cœur cet espoir d’une ère
nouvelle, où tout pourra recommencer. Alors, finalement, peu importent
sa religion et ses croyances, le principal, c’est de croire à la
magie de Noël.
¤
Fin du flash-back ¤
Cette
soirée s’était avérée pour eux cinq être
réellement un nouveau point de départ dans leur existence de pilotes
auparavant obnubilés par la guerre. Forcés précédemment
de cohabiter, ils avaient commencé à envisager cette corvée
sous un nouveau jour. Un rapprochement sensible s’était établi
petit à petit entre eux, et ils avaient pu débuter enfin de véritables
relations.
Cette fête avait représenté pour eux la promesse d’une
nouvelle vie, un peu comme une nouvelle naissance. C’était ce qui
les avait décidés à se réunir chaque année
pour Noël, peut-être seulement par superstition, mais aussi par respect
pour cette nuit qui avait tant représenté pour eux tous.
Quand
on cherche l’amour
Noël
Noël
Noël (chœurs)
Ensemble
Quatre
savait pertinemment qu’il touchait presque au but, les lumières
du village se faisaient plus nettes au fur et à mesure de sa marche.
Mais même s’il avait conscience de se rapprocher sensiblement des
premières maisons à chaque foulée, il avait au contraire
l’horrible sensation de ne pas avancer, de faire du surplace.
Chaque pas était devenu un véritable supplice, la neige qui lui
arrivait maintenant pratiquement aux genoux gênait considérablement
sa progression. Le vent se déchaînait rudement tout autour de lui,
tantôt le poussant dans le dos, manquant de le faire tomber plusieurs
fois en avant, tantôt ralentissant son avancée, l’obligeant
à reculer de quelques pas. Il devait s’arc-bouter pour résister
aux puissantes rafales, provoquant dans tout son corps meurtri des souffrances
infinies.
Plus encore, ses membres endoloris par la maladie et engourdis par le froid
ne lui permettaient plus de supporter l’effort infligé par cette
marche éprouvante.
A bout de résistance, déstabilisé par une puissante bourrasque,
il trébucha de nouveau et s’écroula, totalement épuisé.
Il n’avait même plus la force de se relever.
Il sentait le souffle du vent balayer son dos et soulever ses cheveux trempés
qui dépassaient du bonnet. Le contact de la peau nue de son visage avec
la neige glaciale lui était extrêmement douloureux. Son bras gauche
le faisait terriblement souffrir, comme si le froid anesthésiait en partie
le reste de son corps pour concentrer toutes ses sensations et sa douleur dans
son membre blessé.
Cependant, il se sentait étrangement bien. Sa position allongée
lui semblait soudain extraordinairement reposante. Brusquement, c’était
comme si toutes les courbatures de son corps, la torture intense provoquée
par son bras avaient disparus comme par enchantement.
Il savait pourtant que ce n’était qu’une illusion déclenchée
par ses sens exténués, il avait conscience qu’il ne devait
pas se fier au bien-être relatif, à l’apaisement tant souhaité
qu’il ressentait enfin.
- Je dois me relever.
Si je reste ainsi, je vais mourir de froid …
Mais son corps meurtri
refusait obstinément de lui obéir.
Ensemble
Ensemble
Passer Noël ensemble
Noël ensemble
Noël
Et
ce fut enfin à lui. Son numéro devait être le clou du spectacle,
le point final de la représentation, et se devait d’être
parfait.
Trowa s’approcha avec précaution des deux lions qui attendaient
nerveusement dans leur cage, amenée un peu plus tôt dans les coulisses
du chapiteau. Toute cette agitation ambiante, cette excitation qui régnait
partout, le bruit, la musique, la foule mais aussi le froid les rendait extrêmement
agités.
Le châtain se trouvait un peu dans la même situation qu’eux,
et il comprenait ce que ces pauvres bêtes pouvaient bien ressentir en
un moment pareil. Lui non plus n’aimait pas beaucoup toute cette effervescence,
et il se sentait plutôt mal à l’aise, comme s’il n’était
pas vraiment à sa place au milieu de toutes ces réjouissances.
Il était obligé de jouer un rôle qui n’était
pas le sien et il n’appréciait pas particulièrement. Mais
il devait pourtant effectuer le travail que l’on attendait de lui.
Trowa parla doucement aux deux animaux tourmentés pour les rassurer un
peu. Tous deux s’approchèrent alors très lentement du jeune
homme, un peu résignés mais avec une totale confiance.
Le jeune homme soupira une nouvelle fois en regardant ce qu’il tenait
entre les mains : deux harnais de cuir, équipés de gros grelots
qui sonnaient gaiement à chacun de ses gestes.
L’idée de Catherine était tout simplement ridicule, les
deux animaux n’accepteraient jamais d’être revêtus de
ces ornements grotesques pour de telles bêtes.
Mais s’il n’exécutait pas la proposition de la jeune femme,
relayée avec enthousiasme par le directeur du cirque, il risquait de
s’attirer leurs foudres et il n’en avait aucune envie, surtout pas
en cette soirée de réveillon.
Catherine risquait en outre d’être vexée par son refus, et
il savait de quoi elle était capable lorsqu’elle se sentait blessée,
il en avait eu un aperçu un peu plus tôt. Non pas qu’il ait
peur d’elle ou de qui que ce soit d’autre, d’ailleurs, mais
elle était tellement importante à ses yeux qu’il ne voulait
pas la décevoir.
- Je suis vraiment
désolé, mon beau … murmura t-il en harnachant précautionneusement
le premier animal.
Celui-ci ne
parut pas vraiment enchanté de ce traitement et se mit à rugir
furieusement, mais une caresse experte de Trowa le calma aussitôt. Le
jeune homme fit ensuite subir le même traitement au deuxième lion,
qui lui se laissa faire assez docilement.
Puis, aidé par d’autres dompteurs, il attela les deux animaux à
un magnifique traîneau dont les roulettes étaient habilement dissimulées
sous des pans de tissu, tout blanc, vert, rouge, doré et argenté,
recouvert de paillettes qui scintillaient sous les lumières et garni
de rubans et de nœuds, ainsi que de clochettes qui tintinnabulaient joyeusement
à chaque mouvement.
Une fois les animaux fins prêts, Trowa s’installa à l’intérieur,
sans plus bouger, et attendit patiemment quelques minutes.
Sur la piste, deux clowns déguisés en farfadets farceurs s’en
donnaient à cœur joie pour le plus grand plaisir de l’assistance
conquise.
Mais à l’instant même où retentit le premier coup
de minuit sonné par les cloches d’une église toute proche,
les lutins s’éclipsèrent vivement, et Trowa lança
ses lions en avant, qui se mirent à traîner l’étrange
véhicule dans un rugissement féroce qui fit s’écarter
prudemment les badauds alentours.
L’équipage déboula ainsi au milieu de la piste, salué
par un cri d’effroi et d’admiration mêlés de la foule
en délire. Il est vrai que le spectacle avait de quoi étonner,
un traîneau de Père Noël tiré par deux lions majestueux,
des animaux plus qu’insolites dans une telle situation.
Trowa fit plusieurs fois le tour de la piste, lançant sur les spectateurs
enchantés de pleines poignées de flocons de neige en polystyrène
qu’il puisait dans un sac caché à ses pieds. Les animaux
obéissaient maintenant docilement à ses ordres, et tournaient
le long de la bordure sans plus se plaindre.
Soudain, au moment exact où le dernier coup de minuit se faisait entendre,
le traîneau passa de nouveau devant la porte de sortie, et les lions s’engouffrèrent
à l’intérieur, réceptionnés par un dompteur,
tandis que d’une habile pirouette, Trowa se retrouvait au centre de la
piste maintenant désertée. Les lumières s’éteignirent
instantanément, aussitôt relayées par un projecteur braqué
sur le Père Noël. La vive lumière faisait ressortir la fourrure
blanche de son costume, l’illuminant d’une lueur irréelle,
presque surnaturelle.
Le silence se fit devant ce spectacle, tandis qu’une pluie de flocons
se mettait en même temps à tomber d’une machine fixée
au plafond.
Trowa fit de nouveau une profonde révérence et déclara
une nouvelle fois à très haute voix :
- Mesdames et Messieurs,
je vous remercie de l’attention et de l’enthousiasme que vous avez
manifestés durant toute cette représentation. J’espère
que vous avez apprécié le spectacle que toute la troupe a tenu
à vous offrir en cette soirée particulière. Tous les membres
du cirque se joignent maintenant à moi pour vous souhaiter de très
joyeuses fêtes de Noël !
L’ensemble du
groupe le rejoignit aussitôt au centre de la piste, et se mit à
saluer inlassablement les spectateurs qui applaudissaient à tout rompre,
sous l’averse de flocons de neige virevoltant magiquement depuis la voûte
étoilée.
(chœurs)
Ensemble
Noël ensemble (chœurs)
Passer Noël ensemble
Noël ensemble (chœurs)
Le
petit blond resta ainsi de longues minutes, prostré sur le sol, le visage
collé à la neige glacée qui l’empêchait de
respirer, partagé entre l’étrange soulagement qu’il
ressentait et sa conscience aiguë du danger dans lequel il se trouvait.
Mais il ne pouvait bouger, son corps frigorifié ne lui permettait plus
aucun mouvement, et il sombra dans une semi-inconscience.
- Tu dois te relever
! Tu ne dois pas mourir ici, tu ne dois pas mourir maintenant ! Tu dois vivre
! Pour moi … Pour nous …
Quatre sursauta
en sortant brusquement de sa torpeur.
C’était Sa voix. Il lui semblait L’entendre lui ordonnant
de se redresser et de partir, de venir Le rejoindre pour leur première
véritable nuit ensemble, pour leur avenir.
Il l’exhortait tout simplement à vivre.
L’Arabe essaya d’ouvrir les yeux pour découvrir d’où
provenait cette voix qu’il savait le fruit de son imagination torturée,
mais qui lui semblait pourtant si réelle.
A travers ses paupières douloureusement entrouvertes, il Le vit alors
devant lui, souriant, transperçant l’inquiétante obscurité,
illuminé d’une lueur étincelante, tel un ange magnifique
descendu du ciel. Il lui tendait la main, comme pour le tirer vers Lui, l’attirer
tout contre Lui.
Quatre tendit la main droite pour saisir la Sienne, cette main tendue qui lui
offrait une ultime chance de salut.
Mais, affaibli par la fièvre, le froid et la lassitude, il lâcha
la peluche qu’il avait tenue serrée contre lui. L’objet tomba
à quelques centimètres de son bras, avec un petit bruit sourd
amorti par l’épaisseur du tapis de neige.
Il sembla pourtant à Quatre que ce mouvement de chute avait suffi à
estomper la vision qui se tenait quelques secondes auparavant devant lui, à
faire disparaître l’espoir ténu qui l’habitait précédemment.
Il tendit la main plus avant pour tenter de retenir Son image qui s’éloignait
inexorablement, mais son geste s’interrompit, brisé par la fatigue,
et sa main retomba, inerte, à quelques centimètres de la peluche.
Noël
Noël (chœurs)
Ensemble
Passer Noël ensemble
Noël ensemble
Une
fois la représentation terminée et tous les spectateurs partis,
Trowa rejoignit les deux asiatiques qui l’attendaient dehors, et ils se
dirigèrent ensemble vers la loge du français.
Trowa commença à défaire rapidement son costume, pressé
de se débarrasser de ces habits dans lesquels il ne se sentait pas vraiment
à l’aise.
Il s’apprêtait à ôter aussi son bonnet quand quelque
chose, une superstition brutale, l’arrêta. Il avait brusquement
l’impression qu'enlever ce bonnet provoquerait un malheur. Cet objet avait
beaucoup de signification en période de fête, et le retirer signifierait
abandonner cet esprit de Noël qui se trouvait partout en cette soirée
de réveillon.
Il avait également l’impression diffuse que tant qu’il garderait
ce bonnet sur la tête, ce serait une assurance de Le voir arriver. L’enlever
annoncerait la fin de cet espoir.
Trowa s’en voulut de devenir si superstitieux, mais il garda néanmoins
l’objet sur la tête. Les deux autres le regardèrent un peu
surpris, mais ils semblèrent comprendre son geste, ou du moins ils ne
firent aucune remarque.
Au dehors, les membres du cirque commençaient à dresser plusieurs
tables immenses pour contenir toute la troupe et leurs nombreux invités.
Ils avaient prévu un impressionnant repas commun, convivial et festif,
et s’affairaient pour tout préparer, malgré la fraîcheur
ambiante. Catherine circulait au milieu des convives, riant et donnant des directives
pour que tout soit parfait.
Mais aucun des trois ne se sentait d’humeur à s’unir à
la fête. Même s’ils ne le montraient pas ouvertement, ils
devenaient de plus en plus inquiets. Les autres auraient dû arriver depuis
longtemps.
- Vous venez vous
joindre à nous ? questionna Catherine en passant la tête par la
porte entrouverte.
Seul un silence glacial
lui répondit. Décidément, ils n’étaient vraiment
pas très bavards, surtout quand ils se retrouvaient ensemble. La soirée
promettait d’être follement amusante si la jeune femme les laissait
faire.
Tous les trois paraissaient très abattus, ou du moins Trowa et Heero,
Wufei ne montrant guère d’émotions comme à son habitude.
Catherine soupçonna vite quelle en était la raison et elle tenta
de les rassurer un peu :
- Je suis sûre
qu’ils ne vont pas tarder. Ils ont tout simplement dû être
retardés par la tempête de neige et ils vont bientôt arriver.
Et puis vous les connaissez ! Quatre a tellement de travail, il est tellement
occupé avec sa société qu’il est difficile de l’en
déloger. Duo est comme lui, et si Hilde n’était pas là
pour le secouer un peu, il passerait lui aussi sa vie à travailler. Hilde
m’a promis qu’elle traînerait de force Duo dans la navette
s’il le fallait, c’est d’ailleurs un peu pour ça à
l’origine qu’elle a décidé de l’accompagner.
Donc ne vous en faites pas, ils vont bientôt venir …
Duo et Hilde avaient
récemment monté une petite affaire de recyclage de matériaux
sur L2, qui ne leur laissait pas un instant de répit, mais qu’ils
rechignaient à quitter même pour un bref laps de temps. Mais quand
Duo avait prévenu Hilde de sa venue sur Terre pour les fêtes de
Noël, la jeune fille avait sauté de joie. Elle espérait bien
profiter de son séjour, ce qui n’était pas donné
à tout le monde. Tous les deux étaient inséparables, ils
vivaient et travaillaient ensemble, et ne se quittaient pratiquement jamais.
Les autres appréciaient la jeune fille et ils étaient contents
de la voir, même si elle était un peu une intruse dans leurs retrouvailles.
Aucun des trois pourtant ne sembla convaincu par le discours de Catherine qu’elle
voulait réconfortant.
Au contraire.
Duo et Hilde d’un côté, et Quatre de l’autre, venaient
chacun d’une région opposée, la tempête de neige ne
pouvait pas les avoir bloqués tous les trois en même temps et dans
les mêmes circonstances.
Il se passait donc quelque chose d’anormal, sinon ils auraient eu de leurs
nouvelles.
Wufei s’était maintenant assis sur le canapé, les bras croisés
et les yeux clos. Son visage était fermé, et il était difficile
de deviner les pensées qui l’habitaient. Seul un pli soucieux qui
barrait son front démontrait aux autres qu’il était passablement
inquiet.
Heero se tenait, lui, dans un coin de la pièce, le dos appuyé
contre le mur. De sa position, il pouvait voir tout ce qu’il se passait
dans la cour par la fenêtre de la roulotte. Il gardait ses yeux fixés
sur les mouvements de la foule, espérant repérer parmi eux les
personnes qu’ils attendaient tant. Son inquiétude était
maintenant très visible, il ne cherchait même plus à la
cacher.
Trowa, quant à lui, tournait dans la pièce comme un lion en cage.
Il n’arrivait pas à tenir en place, il avait l’impression
que son cœur allait exploser sous la multitude de sentiments contradictoires
qui l’habitaient. Il se sentait tellement impuissant à rester ainsi
sans rien faire, alors que ses amis étaient peut-être en danger.
En un sens, il était soulagé de ne pas être seul en cette
épreuve, de la partager avec ses deux amis. Leur présence avait
quelque chose de réconfortant, même s’ils avaient à
peine échangé quelques mots depuis leur retour.
Heero sursauta brusquement, comme s’il avait aperçu quelque chose
dans la foule bruyante, mais il se laissa retomber tout aussi vite dans sa position
initiale, son espoir apparemment déçu.
Si la situation avait été moins critique, Trowa aurait sûrement
souri devant l’attitude du Japonais. Lui aussi attendait un être
cher, même s’il ne l’avouait pas ouvertement. Son regard parlait
pour lui. Le retard de la navette des arrivants de L2 l’inquiétait
en effet au plus haut point.
Soudain, Heero fit un nouveau bond en avant et il se précipita vers la
porte. Les deux autres le suivirent, mus par une même espérance,
et ils virent arriver Duo et Hilde, un peu contrits vraisemblablement d’arriver
si tard.
Heero s’arrêta devant eux, n’osant aller plus loin.
Mais Trowa, malgré sa pudeur, se jeta dans les bras de Duo qui de surprise
en laissa tomber les cadeaux qu’il apportait. Le châtain le serra
très fort contre lui un long moment, puis il le lâcha comme à
regret. Duo le regarda avec étonnement, surpris d’avoir provoqué
apparemment tant d’inquiétude chez son ami, mais surtout stupéfait
d’une telle démonstration publique d’affection.
- J’ai eu tellement
peur, je croyais qu’il t’était arrivé quelque chose
… s’excusa un Trowa gêné et rougissant.
Son ami semblait tellement
inquiet que Duo en fut attendrit. Il prit le visage du châtain entre ses
mains et déposa un léger baiser sur les lèvres de son amant,
qui le reprit dans ses bras avec émotion.
Hilde assistait à la scène avec ahurissement. Elle interrogea
Heero du regard pour savoir ce qu’il se passait exactement, mais pour
seule réponse, il s’avança vers elle et lui prit le poignet.
Il regarda la jeune femme droit dans les yeux en serrant fortement sa main et
déclara à mi-voix :
- Moi aussi, j’ai
eu très peur pour toi …
La jeune fille, d’abord
surprise, sourit ensuite de bonheur devant une déclaration si inattendue
mais tellement espérée, et elle lui rendit discrètement
son étreinte.
Seul, en retrait, se tenait Wufei que les autres semblaient avoir oublié.
Le Chinois se sentait isolé, un peu jaloux de voir ces deux couples réunis
alors que lui-même était encore seul.
Il leva les yeux vers le ciel, souhaitant de tout son cœur voir enfin apparaître
à son tour la seule personne qui manquait encore.
(chœurs)
Noël … Noël (chœurs) … Ensemble
Passer Noël ensemble
Noël ensemble
Le
lendemain matin, à l’aube, une patrouille de secours retrouva,
à quelques centaines de mètres à peine du village, un petit
corps irrémédiablement gelé, à demi recouvert par
la neige tombée en abondance durant la nuit.
A quelques centimètres de sa main droite, un sauveteur intrigué
remarqua un petit monticule d’où émergeait seulement un
petit morceau de ce qui semblait être une écharpe en laine rouge.
Il se saisit de l’objet et découvrit avec étonnement sous
le faisceau de sa lampe torche une petite peluche de Noël, mouillée,
sale et abîmée.
Pourtant, sur sa poitrine, brodé sur le petit pull-over déchiré,
se détachait, intact, un « W » étincelant …
Noël
ensemble (parlé)
Noël ensemble (parlé)
FIN