Jamais trop tard
Stéphane venait de se réveiller … Depuis que Johanna était
allée vivre avec Christian, il avait récupéré la
chambre qu’elle occupait.
Il repensait à ces derniers mois, ces dernières années.
Il aimait Laly, elle l’avait aimée lorsqu’elle avait débarqué
sur l’île. Ils s’étaient retrouvés sur Paris
lors de sa grossesse. Il fut obligé de se rendre à l’évidence,
il l’aimait encore, mais même si elle était séparée,
c’était l’enfant d’un autre qu’elle portait.
Qu’importait à l’époque ! Il pensait être
séropositif et ne jamais pouvoir avoir d’enfant à lui (depuis,
la situation avait changé, il avait appris qu’il avait été
victime d’une erreur de diagnostic). Il s’était donné
corps et âme pour Diego qu’il considérait envers et contre
tout comme son propre fils.
Mais voilà, son bonheur aurait été total si Laly l’avait
considéré un peu plus que le père de substitution de Diego.
Aaaah, elle lui en avait fait voir entre José et Christian, lorsqu’elle
était persuadée qu’ils la courtisaient … Elle lui
avait tout fait subir, mais ne lui offrait pas son amour en retour. Il avait
pensé que ça pourrait marcher quand, suite à sa décision
de repartir, elle l’en avait empêché lui avouant son amour,
et ce baiser tant espéré et enfin arrivé. Mais cette proximité
en dormant avec elle, et à la fois cette distance de ne pouvoir la toucher,
l’embrasser, lui faire l’amour. C’est aussi pour cela que
ça ne l’avait pas dérangé de récupérer
la chambre de Johanna lors de son déménagement.
Tout se bousculait dans sa tête, mais une seule certitude : il fallait
que cela cesse. Il devait prendre les choses en main, mais comment ???
Sur ce, il entendit Laly se lever, il regarda l’heure … Et se leva
à son tour. Il fallait préparer le déjeuner pour Laly et
Diego, puis emmener Diego à l’école, car aujourd’hui
Laly avait un rendez-vous important relativement tôt.
Laly : Stéphaaaaaane ! C’est une heure pour se lever ?
T’as oublié que c’est toi qui accompagnais Diego ce matin
ou quoi ?
Stéphane : Mais non Laly, je traînais un peu c’est tout !
Laly : Ah bon ! C’est pas le moment de traîner !
Le déjeuner n’est pas prêt ? T’es à la
bourre ce matin ?
Stéphane : Laly, reste calme. Tout sera prêt en temps et en
heure pour que Diego ne soit pas en retard.
Laly : J’ose espérer que tu as raison !
Et elle repartit en coup de vent pour préparer Diego sans même
avoir gratifié Stéphane d’un bonjour ou d’un sourire.
Ca lui faisait mal mais il se mit à préparer le petit-déjeuner
…
Quelques minutes plus tard, Laly revint avec Diego, il était prêt
et elle aussi. Stéphane n’avait pas encore déjeuné.
Laly : Bon, c’est bon Stéphane, je m’occupe de donner
le petit-déj à Diego, vas te préparer !
Stéphane : Mais Laly, j’ai pas encore déjeuné !
Laly : Ben écoute, t’avais qu’à te lever plus
tôt ! Maintenant il est trop tard.
Comme d’habitude, Stéphane s’exécuta malgré
une boule au ventre qui le tenaillait tellement la façon dont Laly lui
parlait lui faisait mal.
Stéphane : C’est bon, c’est bon, j’y vais. Et
bonjour au fait ! … dit-il sèchement !
Oui, il s’était un peu énervé, mais déjà
il s’en voulait de lui avoir parlé comme ça. Il ne lui adressa
pas un regard et fila se préparer.
Laly : Rhôôôôô, super de te voir de mauvaise
humeur de bon matin.
C’était l’hôpital qui se foutait de la charité,
mais il continua son chemin.
Quand il fut prêt, il récupéra les affaires de Diego dans
la chambre pour l’amener à la maternelle.
Il arriva dans la cuisine, prit dans ses bras Diego qui avait fini son petit-déj
et dit :
Stéphane : Allez Laly, à ce soir. On y va nous !
Laly : Ben, t’es un peu en avance, mange quelque chose !
Stéphane : Non, je m’arrêterai avant d’aller au
water-sport. Au revoir !
Et il claqua la porte. En sortant, il avait les larmes aux yeux. Pourquoi n’arrivait-il
pas à l’oublier ? Pourquoi n’arrivait-il pas à
s’imposer ? Jamais il n’avait été aussi faible
avec une femme. Il voulait partir loin d’elle, mais mis à part
Diego qui le retenait, il avait une petite lueur d’espoir en lui, l’espoir
qu’un jour, elle se rende compte qu’elle l’aimait. Inconsciemment,
il ne savait pas pourquoi, ce n’était pas un espoir mais une certitude
…
Diego : Papa, pourquoi tu pleures ?
Stéphane : Mais non mon petit bonhomme, papa ne pleure pas, il est
juste un peu fatigué.
Diego : Tu sais papa, moi je t’aime, et je sais que maman aussi t’aime.
Stéphane le regarda étonné. Pourquoi lui disait-il ça ?
Diego : Ben oui, tu sais papa, tu verras, et tu seras mon papa pour de
vrai bientôt !
Ah, si le petit savait ce qu’il endurait, il ne dirait pas ça,
mais bon c’était un sujet de conversation bien trop grand pour
ce petit bout de chou.
Dans la maison, Laly n’en revenait pas de la façon dont Stéphane
lui avait parlé. Elle lui offrait tout (selon elle) : la chance
de vivre avec elle, de lui permettre d’élever Diego comme un fils.
Comment osait-il se comporter comme cela avec elle ? Sur ses considérations,
elle finit de se préparer, puis partit.
Stéphane arriva à la maternelle qui se trouvait à côté
de la crèche, fit rentrer Diego, puis croisa Bénédicte
qui venait de déposer Léa à la crèche.
Béné : Ah salut Stéphane, comment vas-tu ? dit-elle
en lui faisant la bise … Ca a pas l’air d’aller !
Stéphane : Si si, ça va ! Enfin comme d’hab’
quoi !
Béné : C’est Laly ? Qu’est-ce qu’elle
t’a encore fait ?
Stéphane : Laly ? Non non pas du tout …
Béné : Arrête Stéph, je la connais depuis assez
longtemps pour savoir ce dont elle est capable. Tu as l’air tout triste
… dit-elle en passant son bras autour des épaules de Stéphane.
Stéphane : Ben tu sais, parfois j’ai vraiment l’impression
d’être un moins que rien avec elle. Elle me traite comme un chien.
Béné : Tu sais, personne n’est dupe … Elle regarda
sa montre … Ca te dit d’aller boire un café ? J’ai
un peu de temps avant d’ouvrir la galerie.
Stéphane : Oui merci Béné, mais t’es sûre ?
Béné : Mais oui mon grand, allez, on va au café du
coin.
Ils s’installèrent en terrasse et Stéphane lui raconta ses
pensées de ce matin, la façon dont Laly l’avait traité
par la suite. Béné l’écoutait, mais cela lui rappelait
étrangement la façon dont Laly se comportait avec Sébastien,
déjà quand ils habitaient séparément, mais aussi
quand ils louaient tous cette grande maison à Paris. Et cette façon
qu’avait Laly de se comporter avec Stéphane n’était
pas anodine selon elle.
Béné : Tu sais Stéph, Laly est vraiment compliquée,
elle a un mode de fonctionnement à part. Ce n’est pas parce qu’elle
n’est pas gentille avec toi qu’elle ne tient pas à toi.
Stéphane : Mais moi, ce que je veux, c’est être avec
elle, vraiment ! Ou alors, si on n’est pas ensemble, qu’elle
me traite au moins comme un être humain. J’ai besoin qu’elle
me démontre qu’elle m’apprécie vraiment.
Béné : Je comprends. Tu sais, José et moi, ça
n’a jamais été facile avant, mais avec le temps, c’est
revenu …
Stéphane : Mais ça fait plus de quatre ans que ça
dure Béné. Je sais plus où j’en suis.
Il ne put retenir ses larmes. Béné ne savait pas quoi faire pour
le réconforter, mais elle eut une idée.
Béné : Et pourquoi tu ne lui préparerais pas une soirée
en tête à tête, rien que tous les deux ? Ca vous ferait
du bien non ?
Stéphane : Tu sais ce que c’est, avec Diego, c’est pas
simple.
Béné : Pour Diego, ne t’inquiète pas, José
et moi, on peut le garder, et Léa sera contente d’avoir son ‘cousin’.
En plus demain, c’est mercredi, donc pas d’école.
Stéphane : T’es sûre, ça ne t’embête
pas ?
Béné : Mais non, puisque je te le propose ! J’irai
même le chercher à l’école en même temps que
Léa.
Stéphane : Merci Béné. C’est très gentil.
J’essaierai de fermer le water-sport plus tôt, puis je passerai
prendre quelques affaires pour Diego à la maison que je t’apporterai
à la galerie, et ensuite j’irai faire des courses pour le dîner.
Ils restèrent encore un moment à discuter tous les deux, puis
Stéphane remercia encore Béné et partit travailler.
La journée lui parut longue. Les clients ne se bousculaient pas. Il put
donc fermer assez tôt. Il passa porter des affaires de Diego à
Béné, fit les courses et commença les préparatifs
du dîner. De plus, Laly ne devait pas arriver tôt. Elle avait beaucoup
de visites à effectuer aujourd’hui.
Vers 21h, elle fut de retour. Elle rentra sans regarder autour d’elle,
sans adresser ni un ‘bonsoir’ ni un regard à Stéphane
et fila direct vers la chambre de Diego … Qui n’était pas
là !
Laly : Stéphaaaaaaaaaaaane ! Où est Diego ? Tu
devais aller le chercher à l’école !
Stéphane : Ne t’inquiète pas Laly, Béné
a voulu le garder pour qu’il soit avec Léa.
Laly : T’es gonflé quand même, t’aurais pu me
prévenir …
Puis elle vit la table préparée, les deux couverts, les flûtes
à champagne … La table amoureusement décorée …
Mais cela ne la calma pas.
Laly : T’as une idée derrière la tête c’est
ça … hurla-t-elle … C’est quoi ton problème
Stéphane ?
Stéphane : Je n’ai rien derrière la tête Laly.
Je voulais juste qu’on passe une soirée tous les deux, qu’on
se retrouve, qu’on discute.
Laly : C’est ça ! Dis que mon fils te gêne, qu’il
t’empêche de vivre ta vie.
Stéphane : Je n’ai jamais dit ça Laly. Tu es injuste.
Tu sais que j’aime Diego plus que tout, que je donnerai ma vie pour lui.
Laly : C’est ce qu’on dit mais à la première
occasion qui se présente, tu l’abandonnes …
Stéphane : Arrête tes délires, il n’est pas abandonné,
il est chez Béné et José avec Léa.
Laly : Je vais le chercher …
Stéphane s’énerva et pour ne pas que Laly le voie pleurer
partit en claquant la porte et en lui disant que si elle se calmait, elle n’avait
qu’à l’appeler …
Une fois de plus, Laly fut interloquée, persuadée qu’elle
était d’être dans son bon droit … Mais … Elle
avait faim et Stéphane, avant de partir, n’avait pas fini de préparer
le repas ! Elle faillit l’appeler pour qu’il revienne finir
de préparer, mais elle renonça, estimant que quand il se serait
calmé, il viendrait s’excuser. Elle fouina dans le congélateur
puis se prépara des surgelés.
Stéphane, fou de douleur, se rendit dans un pub et commença à
boire … Un verre de whisky, puis deux, puis trois, puis la bouteille finit
par y passer.
Le barman qui le connaissait finit par refuser de le servir et lui appela un
taxi.
Rudy arriva et quand il vit Stéphane dans cet état, il le ramena.
Stéphane ne voulait pas dire ce qui l’avait mis dans cet état,
mais Rudy aussi se doutait de ce qu’il endurait. Il ne lui posa pas de
questions et le laissa devant chez lui.
Il rentra. Laly, qui, somme toute, appréciait cette soirée tranquille
sans Diego, était devant la télé. Quand elle le vit rentrer
complètement soûl, son sang ne fit qu’un tour.
Laly : Ah c’est pour ça que tu ne voulais pas de Diego ce
soir, pour te bourrer la gueule tranquillement.
Malgré son habituel calme olympien, mais l’alcool aidant, il ne
put se retenir …
Stéphane : Mais Laly, tu te rends compte que tu es de plus en plus
odieuse avec moi, chaque jour que Dieu fait, tu l’es un peu plus. Je n’en
peux plus Laly. J’ai mal, mal à en crever …
Laly : Arrête Stéphane, tu es bourré, tu ne sais pas
ce que tu dis …
Stéphane : Oui, je suis bourré Laly, mais je sais ce que
je dis … Et au moins, peut-être que pour une fois, j’aurai
le courage de te dire ce que j’ai sur le coeur Je te remercie, je te remercie
de ce que tu fais pour moi, à savoir que tu acceptes que j’élève
Diego comme mon fils …
Laly : C’est normal, tu l’aimes et il t’aime …
Stéphane : Oui, lui m’aime et on partage beaucoup de choses
malgré son jeune âge. Avec toi, je ne partage que les tâches
ménagères et l’éducation de Diego. On ne parle plus
tous les deux, on ne partage rien d’autre que cette maison. Tu n’es
jamais contente, et moi ça me bouffe. Je ne sais jamais quoi faire pour
t’être agréable car de toute façon, je sais que ça
va se retourner contre moi. Laly, essaie de me comprendre. Tu m’abreuves
de tes pseudo-idylles avec José et Christian, je te sers de cobaye pour
des pilules excitantes, je t’aide dans toutes les tâches ménagères.
Et j’ai quoi en retour ? Rien, pas même un bonjour, un bonsoir,
un sourire, une bise ! RIEN, tu entends !
Laly commençait à se sentir mal à l’aise. Jamais
Stéphane ne lui avait parlé comme ça. Elle se recevait
tout en pleine figure comme ça, mais pour une fois, elle n’avait
pas envie de parler, pas envie de l’interrompre. Elle voulait écouter
ce qu’il avait à lui dire jusqu’à la fin, car, au
fond, elle savait qu’il avait raison.
Stéphane : Laly, j’aime Diego, je t’aime, mais je ne
veux plus vivre en ayant l’impression d’être ton paillasson,
ton défouloir, ton esclave. Même si on ne peut plus être
un couple, je voudrais que l’on retrouve cette complicité que l’on
avait avant. Et rappelle-toi de notre histoire il y a quelques années.
On était bien tous les deux. Tu étais à mes côtés,
tu m’aidais à résoudre mes problèmes, on se soutenait,
on était soudés tous les deux, et désormais, on est presque
deux étrangers qui habitent ensemble. Tu comprends Laly, tu n’as
plus un seul geste d’affection envers moi. Dès que tu ouvres la
bouche pour me parler, c’est pour me donner des ordres, pour m’exprimer
ton mécontentement, jamais un compliment, un remerciement, JAMAIS !
Tu as changé Laly, tu as vraiment changé … J’ai toujours
tout fait pour te comprendre, mais là, je suis à bout, je vais
exploser. Aide-moi, je t’en supplie aide-moi. Je t’aime, je t’ai
toujours aimée … Depuis notre première rencontre …
Mais tu n’as pas donné la chance à cet amour de grandir
après mon retour sur Paris lorsque nous étions ensemble. Quand
on s’est retrouvés sur Paris et que tu étais enceinte, tout
était différent, et c’était normal, mais là !!!
Laly, je ne comprends pas ton attitude. D’ailleurs, personne ne la comprend
dans le groupe.
Il savait que c’était faux, que tout le monde savait qu’elle
était comme ça car, malgré les années, elle ne s’était
jamais complètement remise du départ de Sébastien. Sébastien
qu’elle voulait recontacter depuis que Christian lui avait procuré
le numéro …
Stéphane : Et désolé, si je te fais du mal Laly, mais
j’en ai aussi marre que tu me parles de Sébastien du matin au soir,
que tu me répètes à longueur de temps à quel point
Sébastien était gentil, drôle, intelligent, attentionné,
génial … Que tu as envie de l’appeler ! Mais tu espères
quoi ? Qu’il arrive en courant comme je fais à chaque fois
que tu m’appelles car tu as besoin de quelque chose. Je ne suis pas idiot,
je sais comment je suis avec toi !
Il savait qu’il touchait un point sensible en parlant de Sébastien,
mais il continua :
Stéphane : Mais laisse-moi te dire quelque chose Laly! Sébastien,
ce n’est pas moi ! Sébastien, c’est la vie d’avant.
C’était il y a presque dix ans, c’est du passé. Il
t’a quittée pour une autre ! Il a continué son chemin,
et toi aussi. Tu es devenue une vraie femme, qui a pris la décision d’élever
un enfant toute seule, avant même de savoir que je serais à tes
côtés pour t’épauler. C’est très courageux
de ta part, et pour cela, et aussi beaucoup d’autres choses, je t’admire
énormément Laly. Peu de femmes auraient assumé cette grossesse
seule.
Puis, ces larmes qu’il avait trop longtemps retenues devant elles se mirent
à couler … Il était vraiment au bout du rouleau.
Laly qui l’avait écouté, ne savait plus quoi faire, plus
quoi penser ! Elle se décida à s’approcher de lui et
le prit dans ses bras. Ils s’assirent sur le canapé et elle le
consola. Ca lui faisait du bien de sentir la peau de Stéphane entre ses
mains … Ils restèrent un moment dans les bras l’un de l’autre
sans parler …
Puis Laly balbutia :
Laly : Je suis désolée Stéphane …
Mais à cause de l’alcool, de la fatigue, des pleurs, il s’était
endormi dans les bras de Laly.
Laly repensa à tout ce que Stéphane venait de lui dire. Elle savait
qu’il avait raison, qu’elle avait exagéré. Elle avait
failli le gifler quand il avait parlé de Sébastien, mais il avait
raison. Il fallait qu’elle l’oublie, elle pensait y avoir réussi,
mais quand Christian lui avait parlé du numéro de Sébastien,
elle avait repris espoir. Bénédicte-José, Johanna-Christian,
Hélène-Nicolas, et pourquoi pas elle ? Pourquoi devait-elle
être la seule à renoncer à son amour de jeunesse ?
Mais elle s’était voilée la face, et ce depuis des années !
Elle tenait à Stéphane bien plus que ce qu’elle ne voulait
se l’avouer, mais elle avait peur ! Peur que Stéphane lui
fasse la même chose que Sébastien. Bien sûr, Stéphane
était amoureux fou d’elle, il lui passait tous ses caprices, était
toujours là pour elle, mais Sébastien aussi était comme
ça, et ça ne l’avait pas empêché de la quitter
… Pourquoi le scénario serait-il différent avec Stéphane ?
Avait-elle droit au bonheur ? Elle s’était empêchée
de véritablement aimer depuis Sébastien ! Le seul avec qui
elle s’était vraiment laissée aller était Antonio
et on voyait le résultat. Elle était mère célibataire
… Célibataire ? Pas tout à fait ! Car elle, elle
avait Stéphane. Il avait toujours été là, de la
grossesse à l’accouchement, des premiers pas de Diego à
ses premiers jours d’école, des premières dents aux premières
nuits d’insomnie car le ‘p’tit monstre’ comme il aimait
l’appeler (même si elle détestait ce surnom) était
malade.
Des larmes coulèrent sur ses joues. Le bonheur était si proche !
Voulait-elle vraiment le laisser s’échapper et risquer de perdre
Stéphane à jamais ?
Elle allongea Stéphane sur le canapé et lui mit un coussin sous
la tête …
Elle alla chercher un bout de papier dans son sac. Elle le regarda longuement
puis le déchira en mille morceaux et le jeta. Stéphane avait raison,
Sébastien c’était le passé, et elle venait de détruire
le dernier ‘lien’ qui l’unissait à son amour de jeunesse :
le papier avec le numéro de téléphone que lui avait donné
Christian.
Il était presque deux heures du matin, mais qu’importe, elle envoya
un SMS à Bénédicte : ‘Salut Béné !
Je viens de me rendre compte à quel point je suis nulle et je vais tout
faire pour me faire pardonner par Stéphane. Peux-tu garder Diego demain
jusqu’au soir ? Merci, Laly.’
Puis elle écrivit à Johanna : ‘Salut ma Texane préférée.
Je suis désolée, mais demain, je ne pourrai pas venir à
l’agence. Ne t’inquiète pas, rien de grave. De plus, je n’ai
pas de rendez-vous. Merci, Laly.’
Ensuite, elle rangea la cuisine, et s’assit à côté
de Stéphane qui dormait toujours. Elle le regarda un moment puis s’assoupit.
Elle se réveilla tôt le lendemain et décida de préparer
le déjeuner pour Stéphane. Elle se leva doucement et prépara
le tout. Entre temps, Béné et Johanna avaient répondu qu’il
n’y avait pas de souci, d’autant que Béné avait mis
Johanna dans la confidence.
Quand tout fut prêt, Stéphane se réveilla enfin …
Il regarda autour de lui et eut un vague souvenir de la soirée de la
veille. Au fond de lui, il était mortifié, mais il ne voulut rien
laisser paraître. Il avait réussi à être fort, il
ne fallait pas revenir en arrière.
Elle vint s’asseoir à côté de lui et lui posa une
main sur le bras. Ils se regardèrent sans parler un moment. Stéphane
avait peur que quelque chose vienne rompre la magie de ce moment. Mais quand
elle ouvrit la bouche, ce fut pour lui demander comment ça allait. Elle
lui amena le petit-déjeuner. Stéphane était stupéfait.
C’était la première fois depuis bien longtemps qu’elle
s’occupait de lui, qu’elle s’intéressait à lui.
Elle s’approcha et lui dit :
Laly : Stéphane, je suis désolée de ce que je t’ai
fait endurer durant tout ce temps. Je considérais ton amour comme un
acquis. Or, rien n’est jamais acquis dans la vie. Oui, c’est vrai,
j’espérais revoir Sébastien et tout recommencer à
zéro, mais c’était juste de la nostalgie en revoyant tous
les autres se remettre ensemble comme aux temps de la fac. Je n’aime plus
Sébastien, c’est du passé comme tu l’as dit !
Mais maintenant je sais Stéphane …
Stéphane : Tu sais ?
Laly : Je sais que je t’aime, que je veux passer ma vie avec toi
et que je veux que tu adoptes légalement Diego. Je veux que l’on
soit une vraie famille.
Elle s’approcha de lui et l’embrassa tendrement, presque avec embarras.
Elle était redevenue la Laly un peu timide. Stéphane, quant à
lui, n’en revenait pas, mais il savait qu’il ne laisserait pas passer
sa chance, pas cette fois. Il lui rendit son baiser.
Diego, la veille, avait eu raison. Stéphane allait devenir son papa ‘pour
de vrai’.
Les amis, quand ils furent au courant, félicitèrent le jeune couple.
Tout le monde était content. Laly avait enfin saisi sa chance et retrouvé
le bonheur de l’amour partagé.
Quelque temps plus tard, toute la petite famille, avant le mariage prévu
trois mois plus tard, emménagea dans une nouvelle maison, pour repartir
sur de nouvelles bases …
Et les voilà partis, ensemble pour une vie, où le verbe aimer
se conjugue à deux …
FIN